Le « cannabisme passif » enfume les cœurs

[21 novembre 2014 - 14h42] [mis à jour le 21 novembre 2014 à 14h43]

Toxique pour les consommateurs, la marijuana nuit aussi à la santé des non-fumeurs. Lesquels inhalent certains produits nocifs – voire cancérigènes – que dégage un joint allumé. « Dès lors qu’elles deviennent régulières, ces expositions involontaires pourraient augmenter le risque d’hypotension voire de troubles cardiaques », viennent de démontrer des chercheurs américains.

Chez un fumeur actif, la consommation de cannabis a pour effet quasi immédiat une augmentation du rythme cardiaque et de la fréquence respiratoire. Sur le long terme, le chanvre altère les tissus profonds des bronches et augmente le risque de cancers de l’appareil respiratoire.

Autant de troubles jamais observés chez un fumeur passif. Pour autant, les effets d’une inhalation involontaire de fumée de cannabis sont loin d’être anodins. « Respirer les volatiles de marijuana après combustion, sans même avoir fumé de joint, impacte la circulation sanguine et les artères », vient en effet de confirmer l’équipe du Dr Matthew Springer (Université de Californie, San Francisco). Ainsi, le « cannabisme passif » entraîne une diminution de la pression sanguine. Ce trouble augmente le risque d’athérosclérose, principal facteur d’attaque cardiaque.

Pression sanguine en chute libre

Pour le prouver, les chercheurs ont exposé des rats à la fumée de marijuana. Laquelle était dans un premier lieu concentrée en tétrahydrocannabinol (THC), substance addictogène. Dans les 30 minutes suivant l’inhalation, la pression sanguine des rongeurs a diminué de… 70% en moyenne. L’équipe a ensuite réitéré la même expérience, avec de la marijuana sans THC cette fois. Résultat, la pression sanguine a chuté de la même manière. « Le THC n’est donc pas responsable de l’impact sur la pression sanguine et les artères », ont souligné les chercheurs.

A qui la faute ?

Ces atteintes s’expliquent en fait par l’action du monoxyde de carbone (Co). « Par inhalation directe, ce gaz produit par la combustion du cannabis peut en effet provoquer une diminution de l’apport en oxygène vers différents muscles, dont le cœur », nous précise le Pr Nicolas Bonnet, pharmacien et directeur du Réseau des Etablissements de Santé pour la Prévention des Addictions (RESPADD). Conséquence, le rythme cardiaque ralentit, les fonctions respiratoires sont altérées.

Par ailleurs le monoxyde de carbone provoque une irritation chronique des parois artérielles. Cette complication augmente le risque d’infarctus, d’accident pulmonaire ou cérébral si une artère importante est touchée. « Mais chez un fumeur passif, les concentrations dans l’air ambiant sont si faibles qu’à ma connaissance, aucun accident cardiovasculaire lié au cannabisme passif n’a – à ce jour – été déploré », tempère le Pr Bonnet.

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