L’être humain utilise fréquemment, avec adresse, des outils tels que des marteaux ou des pelles pour réaliser des travaux. Comment le cerveau appréhende-t-il ces extensions du bras ? Les sensations tactiles sont-elles transmises via ces objets pourtant inertes ?

Faire un trou avec une pelle, couper une planche avec une scie, ou simplement épousseter avec un balai… Nous utilisons plus ou moins fréquemment des outils pour réaliser des travaux. Comment notre cerveau fait-il pour guider notre geste ? Percevons-nous des sensations de toucher via l’ustensile ? Des chercheurs de l’Inserm au sein du Centre de recherche en neurosciences de Lyon* se sont intéressés aux mécanismes permettant au cerveau de ressentir le toucher à travers les outils.

Des outils incorporés par le cerveau

Pour cela, ils ont réalisé plusieurs expériences de localisation d’un coup porté sur un bâton tenu en main. Une des approches a consisté à frapper à différents endroits sur le bâton tenu en main par un volontaire dont la vision était obstruée. Les chercheurs lui ont ensuite demandé de localiser l’impact (au bout du bâton ou plus haut, près de la main par exemple). « La précision de cette localisation s’est avérée aussi efficace lorsque le choc était administré sur le bâton, quel que soit l’endroit, que lorsqu’il était administré sur le bras du volontaire », expliquent les scientifiques.

« Ces résultats démontrent la capacité humaine à ‘incorporer’ l’ensemble d’un outil tenu en main comme s’il faisait partie de son propre corps, le cerveau l’intégrant comme un organe des sens à part entière », concluent-ils. Plus précisément encore, le cerveau considère les outils comme des extensions sensorielles du corps. Les auteurs qualifient ce mécanisme de « perception étendue par les outils ».

Améliorer les prothèses

Cette découverte pourrait permettre « d’améliorer la compréhension des phénomènes d’incorporations d’outils chez l’être humain et de la perception sensorielle des non-voyants, ainsi que l’appréhension de l’utilisation des prothèses chez les personnes amputées », concluent les chercheurs.

*Inserm/Université Jean Monnet Saint-Etienne/Université Claude Bernard Lyon 1/CNRS

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