Le gras, une drogue dure pour le cerveau?

[15 avril 2014 - 15h07] [mis à jour le 15 avril 2014 à 15h54]

Chez les obèses, les aliments riches en gras agiraient à la manière des drogues dures chez le toxicomane. C’est en effet ce qu’a découvert une équipe du CNRS… chez la souris. Et pour cause, les triglycérides agiraient aussi sur le circuit de la récompense. Explications.

Le cerveau s’alimente uniquement de glucose. L’organisme, lui, utilise graisses et autres sucres comme sources d’énergie. Pourtant, une enzyme capable de repérer et décomposer les triglycérides, des lipides issus de l’alimentation, est présente dans la zone cérébrale appelée « centre de la récompense ». « Elle pourrait être là pour indiquer au cerveau la quantité de triglycérides dans l’organisme », nous explique Serge Luquet, du laboratoire Biologie fonctionnelle et adaptative (CNRS/Université Paris Diderot).

La satisfaction d’un bon repas

Que se passe-t-il quand la souris consomme des lipides ? Pour le savoir, ce chercheur et son équipe ont réduit au silence le gène codant pour l’enzyme de détection des triglycérides. Résultat : les animaux montrent alors l’envie de manger gras, et une motivation décuplée pour dénicher cette récompense.

Ensuite, les chercheurs ont simulé l’action d’un repas riche chez des souris, en leur injectant directement dans le cerveau de faibles quantités de triglycérides. Ils ont alors observé une évolution du comportement des rongeurs. Leur degré d’activité physique et leur motivation pour obtenir une friandise ont diminué. « Les souris ont semblé se satisfaire de la nourriture consommée et ont régulé ainsi leur alimentation. De plus, la satisfaction obtenue par le bon repas a réduit leur envie de bouger », détaille-t-il. Un peu comme nous après un bon repas…

Obèses, les souris ne régulent plus leur alimentation

L’équipe de Serge Luquet ont ensuite réalisé le même type d’expérience mais chez des souris obèses. Ils montrent que : «le taux de triglycérides est plus important que la moyenne. Et pourtant, « alors que le cerveau de la souris, ayant détecté ces fortes doses de lipides dans le corps, devrait logiquement rééquilibrer l’alimentation en réduisant sa consommation de gras, c’est le contraire qui se produit », poursuit-il. « La souris continue de consommer beaucoup d’aliments riches, tout en restant sédentaire. »

L’explication ? « Comme dans la consommation de drogues dures, le cerveau s’adapte pour obtenir sa récompense. Il n’en a jamais assez. » Cela signifie-t-il qu’un dérèglement de ce mécanisme de détection des triglycérides dans le circuit de la récompense pourrait être à l’origine des comportements hyperphagiques ? Et/ou participer à maintenir un cercle vicieux de prise de poids ? « Ce sont des hypothèses pour lesquelles nous n’avons pour le moment pas d’éléments de réponse », conclut Serge Luquet.

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