Les cosmétiques Do It Yourself, une tendance beauté qui n’est pas sans risque

11 mai 2026

La mode actuelle consiste à fabriquer soi-même ses produits de beauté, du fait d’une méfiance envers les substances chimiques et d’un intérêt accru pour le naturel. Ces cosmétiques faits maison, appelés aussi Do It Yourself (DIY), sont réalisés sans cadre réglementaire ni contrôle. Mais sont-ils vraiment sans danger pour la santé ?

Selon une enquête menée auprès des Françaises, 33 % d’entre elles ont déjà fabriqué des cosmétiques DIY (pour Do It Yourself en anglais) et même 50 % chez les 18-34 ans. Certaines préparations utilisent des ingrédients alimentaires courants, que chacun possède à la maison. Les recettes, souvent improvisées et empiriques, circulent principalement sur les réseaux sociaux. D’autres produits sont réalisés à partir d’ingrédients vendus par des entreprises, en ligne ou en magasin, qui proposent des recettes prêtes à l’emploi pour guider la fabrication.

Que dit la réglementation européenne sur les cosmétiques ?

Contrairement aux médicaments, les produits cosmétiques ne nécessitent pas d’autorisation avant d’être commercialisés. Cependant, le Règlement européen n° 1223/2009 impose une règle claire : ils doivent être sans danger pour la santé humaine. Le fabricant ou le distributeur a la responsabilité de vérifier cette sécurité avant leur mise sur le marché.  Mais alors, en cas de produits fabriqués à la maison ? « Méfiance, prévient la Dre Françoise Giordano, dermatologue au CHU de Toulouse, car outre le manque d’efficacité, les cosmétiques DIY exposent aussi à des risques allergiques, toxiques et microbiologiques. »

Risque allergique : quelle réalité ?

Les huiles essentielles sont très utilisées dans les cosmétiques faits maison. Pourtant, leur capacité allergisante est bien connue. « Elles sont souvent perçues comme sans risque parce qu’elles ne sont pas considérées comme “chimiques”, ce qui est une idée fausse, réfute Françoise Giordano. Elles seraient présentes dans près de 30 % des préparations DIY. Une analyse de 140 recettes disponibles sur Internet a montré l’utilisation de 60 huiles essentielles différentes. Les plus fréquentes sont la lavande, le tea tree, le bois de rose, la carotte, le pamplemousse, le citron et la menthe. »

Certains ingrédients alimentaires, comme le citron ou la cannelle, peuvent aussi provoquer des réactions allergiques de la peau, notamment des eczémas de contact, souvent par le biais de certaines substances allergisantes, comme le baume du Pérou ou de parfums. « La tolérance de toute recette cosmétique faite maison devrait donc être vérifiée avant utilisation par un test pour éviter les réactions allergiques. Elles sont déconseillées sur les peaux déjà allergiques », conseille-t-elle.

Des préparations qui peuvent être caustiques

Au-delà du mésusage des huiles essentielles, plusieurs risques existent. Des réactions irritatives (« caustives ») sévères peuvent apparaître lorsque des ingrédients inadaptés sont utilisés sur la peau ou lorsque les dosages ne sont pas respectés. Un exemple connu concerne un masque visage à la cannelle, diffusé par l’influenceuse française  EnjoyPhoenix, qui a provoqué des brûlures liées à l’effet irritant et caustique de la cannelle.

Chez l’enfant, certaines préparations maison peuvent aussi être dangereuses telle que la fabrication domestique de liniment oléo-calcaire. L’ANSM a signalé des cas de brûlures liés à l’utilisation d’un mélange artisanal d’eau de chaux et d’huile d’olive.

Des réactions phototoxiques peuvent être sévères. Elles apparaissent lorsque la peau, exposée au soleil, réagit à certaines substances végétales, comme celles que l’on peut mettre dans des lotions autobronzantes artisanales et DIY à base de feuilles de thé et de jus de citron, qui peuvent provoquer des brûlures. Des cas similaires ont été rapportés avec des préparations à base de feuilles de figuier, parfois à l’origine d’hospitalisations en unité de grands brûlés. Des shampoings maison contenant des plantes riches en furocoumarines (agrumes, carotte, figue…) ont également été impliqués.

Par ailleurs, « des intoxications touchant l’ensemble de l’organisme peuvent aussi survenir, prévient la dermatologue. « Une ingestion ou inhalation de dentifrice artisanal contenant des plantes à alcaloïdes (pavot, belladone,… ndlr) a entraîné une intoxication à l’atropine, avec confusion, hallucinations, accélération du rythme cardiaque et hypertension ».

Un risque microbien

L’absence de conservateurs dits chimiques dans les préparations « aqueuses » (eau, hydrolats, etc.) impose des conditions d’hygiène très strictes. Sans eux, bactéries et moisissures peuvent se développer facilement, dès la fabrication puis pendant le stockage ou l’utilisation.

  • Source : Suivi du congrès francophone d’allergologie (21-24/04 2026, Paris) ; Enquête Cosmed 2020 ; Regulation (CE) no. 1223/2009 of the European Parliament and of the Council of 30 November 2009 on cosmetic products, Official Journal of the European Union; 2009. p. 59-209 ; The role of essential oils in homemade cosmetics: a study of 140 recipes. J Clin Aesthet Dermatol 2023;16:18-24 ; Cosmétiques DIY et allergies de contact. Progrès en dermato-allergologie 44º cours d'actualisation : John Libbey Eurotext; 2023.  

  • Ecrit par : Hélène Joubert - Edité par Emmanuel Ducreuzet

Destination Santé
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