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Aux États-Unis, une augmentation nette des grossesses compliquées par des troubles hypertensifs est observée. Ces résultats proviennent d’une étude de grande ampleur portant sur 12 millions de grossesses. Elle vient d’être publiée dans le Journal of the American College of Cardiology (JACC).
Par troubles hypertensifs, on entend les cas d’hypertension artérielle pendant la grossesse (hypertension gestationnelle ou gravidique), ainsi que des formes plus graves d’hypertension (HTA) chez la femme enceinte, comme la prééclampsie et l’éclampsie. La prééclampsie correspond à une hypertension associée à des signes de souffrance des organes (souvent les reins ou le foie) et à la présence de protéines dans les urines. L’éclampsie en est l’évolution la plus sévère, avec l’apparition de convulsions, pouvant mettre en danger la mère et l’enfant. De plus, ces troubles sont associés, à long terme, à une augmentation du risque de maladies cardiovasculaires chez les femmes.
Dans leur étude, les chercheurs de la Northwestern University Feinberg School of Medicine à Chicago (Illinois, USA) ont calculé que le taux de troubles hypertensifs pendant la grossesse est passé de 81,3 cas pour 1 000 naissances vivantes en 2016 à 136,8 en 2024.
Cette augmentation ne s’est pas faite par à-coups mais au rythme de + 6,7 % par an. Cette progression avait commencé bien avant 2016, soulignent-ils. Leur hypothèse : cette évolution « reflète probablement un état de santé défavorable des femmes avant la grossesse, avec une augmentation des cas de diabète et d’obésité déjà présents avant de tomber enceinte. » Ils ne négligent pas non plus d’autres facteurs. Sur la période étudiée, marquée par le COVID-19, « on observe davantage d’interruptions de soins, une augmentation de la sédentarité, mais aussi plus de stress et une alimentation de moins bonne qualité », comme cela a été vérifié dans de précédentes études portant sur la période COVID.
« Compte tenu des liens entre l’hypertension artérielle gravidique (HTA) et les risques cardiovasculaires futurs, ces tendances laissent présager une aggravation du risque à long terme de maladies cardiovasculaires chez les femmes », indiquent-t-ils. Agir en amont est indispensable : améliorer l’état de santé des femmes avant la grossesse pour limiter ces complications, mieux prévenir leur survenue pendant la grossesse, adapter leur prise en charge lorsqu’elles apparaissent, et prolonger le suivi spécifique post-partum.
Dans une note de cadrage 2025 en vue des prochaines recommandations de bonnes pratiques françaises « Désordres hypertensifs de la femme enceinte : prévention, dépistage et prise en charge » qui devraient être publiées fin 2026, la Haute autorité en santé (HAS) et les sociétés savantes concernées revenaient sur ce problème grave chez la femme enceinte.
Elles précisent d’emblée qu’il faut parler d’HTA gestationnelle (gravidique) lorsque l’HTA survient à partir de la 20e semaine d’aménorrhée, sans HTA chronique préexistante. Elle se définit par une élévation permanente de la pression artérielle au-dessus de 140/90 mm Hg.
Les désordres hypertensifs de la grossesse sont fréquents, écrivait la HAS en 2025, avec environ 7,4 % des grossesses en France, soit 60 000 cas chaque année. La forme la plus courante est l’hypertension artérielle gravidique, qui touche plus de 4,2 % des grossesses. La prééclampsie et l’hypertension chronique déjà présente avant la grossesse concernent, elles, respectivement 2,4 % et 1,7 % des grossesses.
Concernant la prééclampsie, la complication la plus redoutée, plusieurs facteurs de risque sont identifiés et surtout l’existence d’une hypertension chronique avant la grossesse, qui multiplie le risque par 6. D’autres facteurs entrent en jeu : un diabète préexistant, une maladie rénale chronique, le lupus et d’autres maladies inflammatoires, un antécédent personnel ou familial de prééclampsie, l’obésité, l’âge de la mère (très jeune ou plus avancé), ainsi que les grossesses multiples.
Un contrôle strict de la tension artérielle tout au long de la grossesse permet d’améliorer la santé de la mère et celle de l’enfant.

Source : Dr Emily Lam et al Hypertensive Disorders of Pregnancy in the United States, 2016-2024. JACC may 2026 ; Sinnott CM, et al. Increased rates of hypertensive disorders of pregnancy during the Covid-19 pandemic. Am J Perinatol. 2024;41(11):1463–1468 ; Désordres hypertensifs de la femme enceinte : prévention, dépistage et prise en charge (2025, HAS).

Ecrit par : Hélène Joubert - Edité par Emmanuel Ducreuzet