Loi de bioéthique : la PMA pour toutes, mais dans quelles conditions ?

[25 juillet 2019 - 16h44] [mis à jour le 25 juillet 2019 à 17h02]

Dans le cadre de la révision de la loi de bioéthique, l’élargissement de l’accès à la PMA à toutes les femmes est le sujet le plus commenté. Bien que globalement satisfaits de cette évolution, nombre de médecins émettent des réserves concernant les conditions d’application, encore inconnues.

Le projet de modification de la loi de bioéthique prévoit d’élargir l’accès à la Procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes, y compris celles en couple lesbien et célibataires. « Une excellente chose », pour le Dr Thomas Fréour, chef du service Biologie et Médecine de la Reproduction du CHU de Nantes. « C’est simplement un retour à une situation humaine et médicale normale de réponse à des projets parentaux, que ces femmes étaient malheureusement obligées de réaliser à l’étranger. »

Toutefois, « nous restons prudents car la révision de la loi va poser des grands principes mais les conditions d’application et de mise en œuvre ne sont pas encore définis », poursuit-il. Or « des lobbys et des sociétés savantes conservatrices s’activent autour de ces éléments de mise en pratique ». Au risque d’installer des freins dans l’accès à ce nouveau droit. « Si le parcours d’accès à la PMA est trop compliqué, les femmes risquent de ne pas réellement en bénéficier ». Par exemple, « si on leur impose de voir plusieurs fois un psychologue ou un assistant social avec de longs délais de réflexions, certaines continueront à se rendre à l’étranger ».

La fin de l’anonymat, une tendance internationale

Autre changement majeur promis dans le projet de loi : la fin de l’anonymat des donneurs de gamètes. « Il s’agit d’un mouvement international », explique le Dr Fréour. En d’autres termes la France accuse un retard par rapport à d’autres pays. « La majorité de nos voisins ont déjà effectué la transition vers une levée de l’anonymat partielle ou totale depuis longtemps. » De plus, « l’existence des outils génomiques modifie le contexte dans ce domaine », poursuit-il. Sans compter que « la littérature scientifique et le recul auprès d’enfants issus du don anonyme penche vers cette levée ».

Le nombre de donneurs va-t-il s’effondrer pour autant ? « Absolument pas », assure Thomas Fréour. « Contrairement à certains de mes collègues qui semblent prédire une évolution apocalyptique, je pense que, comme ce fut le cas dans les autres pays, le profil des donneurs va évoluer ». En effet, « si certains refuseront de donner par peur de ne pas rester anonymes, d’autres seront attirés par ce nouveau contexte », estime-t-il.

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