Mayotte : une population en manque de soins ?

[31 octobre 2017 - 10h12] [mis à jour le 31 octobre 2017 à 11h01]

Une immigration importante, une population croissante et très jeune, un isolement géographique et une forte précarité… Mayotte concentre plusieurs facteurs qui compliquent l’accès au dépistage et aux soins. Le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) fait le point sur la situation. 

Département français depuis 2010*, l’île de Mayotte est une terre complexe. Plusieurs facteurs entrent en ligne de compte : son isolement géographique (sud-ouest de l’Océan indien dans le canal du Mozambique à l’ouest de Madagascar), sa situation en zone tropicale, sa vulnérabilité aux risques climatiques et cycloniques. Mais aussi son exposition à une forte immigration clandestine, notamment en provenance de l’île comorienne d’Anjouan.

Toutes ces données sont à l’origine d’une série de risques sanitaires. Sur ces points, Mayotte a déjà fait l’objet d’un rapport en juin 2014 par la Cour des Comptes, « La santé dans les Outre-Mer » à consulter en bas de page.  Ce document soulignait les carences en termes de santé publique due à l’explosion démographique.
Suite à ce rapport, le gouvernement avait adopté en 2016 une stratégie pour « améliorer la veille, l’évaluation et la gestion des risques sanitaires ».

Dans ce contexte, Santé publique France a mobilisé 3 épidémiologistes chargés notamment de la surveillance des maladies infectieuses et tropicales. Des équipes de la réserve sanitaire sont venues prêter mains fortes aux équipes sur le terrain. Les premiers résultats sont publiés ce 31 octobre dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire :

L’accès à l’eau est incertain : à Mayotte, 80% des ressources hydriques proviennent des eaux de surface et de rivière. Ainsi, dès que la saison des pluies tarde à venir, comme en 2017, la pénurie d’eau survient. Dans ce cas, la population n’a pas d’autres choix que d’utiliser les eaux contaminées, sources de maladies infectieuses comme la fièvre typhoïde, les diarrhées ou la leptospirose ;

L’offre sanitaire (obstétrique, couverture vaccinale…) est insuffisante : preuve en est, la forte mobilisation de la réserve sanitaire prévue pour renforcer l’accès aux soins. Entre 2015 et 2017, l’équipe de soignants a été mobilisée 4 000 jours cumulés. Une aide notamment déployée dans le domaine de la couverture vaccinale pour des personnes sans domicile fixe. Mais aussi les services d’urgence à la maternité. Avec 10 000 naissances par an, le dispensaire de Mamoudzou* est l’une des plus grandes maternités de France.

Ces données prouvent l’urgence de déployer des moyens pérennes pour renforcer l’offre sanitaire, comme l’augmentation des recrutements de professionnels de santé locaux.

Des chiffres positifs ? 

D’autres données plus positives du BEH sont aussi révélées. L’éradication du paludisme progresse : l’incidence annuelle est passée de 3 cas pour 1 000 habitants en 2007 à 0,05 en 2015. Enfin, mis en place en 2010, le réseau de dépistage de cancer du col de l’utérus Rédéca enregistre un taux de couverture de 39% entre 2013 et 2015, contre 36% entre 2010 et 2012.

*Jusqu’en 2010, Mayotte avait le statut de collectivité territoriale d’outre-mer 

**Mamoudzou est la plus grande ville de Mayotte où se concentre la majorité des structures sanitaires, administratives, politiques…

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