Médiator® : peut-on « corriger » une échocardiographie?

[05 février 2013 - 17h53] [mis à jour le 19 décembre 2013 à 14h55]

Une échocardiographie est une technique d’imagerie médicale employant les ultrasons. ©Jean-Luc Monin

Le collège d’experts indépendants, chargé d’émettre un avis sur les demandes d’indemnisation des victimes du Médiator®, fait depuis plusieurs mois l’objet de critiques véhémentes. La dernière en date émane de plusieurs associations de victimes, et porte sur le fait que dans une dizaine de dossiers, le niveau de gravité des atteintes valvulaires aurait fait l’objet d’une  « révision ». Alors que les associations demandent « un moratoire (sur les) travaux du collège d’experts benfluorex » et que le député Gérard Bapt (PS, Haute-Garonne) appelle à la démission des experts, Roger Beauvois, magistrat et président du collège, s’explique pour nos lecteurs.

Un an et demi après sa mise en place, le collège a présenté jeudi 31 janvier, un premier bilan de ses travaux. A cette occasion, il a indiqué avoir révisé dans certains dossiers, le grade de certaines atteintes valvulaires. « Nous avons appris la déclassification unilatérale des grades des valvulopathies dans une dizaine de dossiers », indique le Dr Dominique Courtois, président de l’Association des Victimes de l’Isoméride et du Médiator (AVIM).

La gravité des atteintes des valves cardiaques est mesurée par échocardiographie. Cet examen permet d’attribuer à chaque cas un des 4 niveaux de gravité établis pour ce type de lésions. Du grade 1 au grade 4, les atteintes sont ainsi associées à des « fuites » plus ou moins importantes. Dans une dizaine de cas donc, le collège aurait abaissé (ou au contraire relevé) ce niveau par rapport à celui qui avait été indiqué par le médecin échographiste.

Comme nous l’explique Roger Beauvois, président du collège, ces changements se justifient par « la nécessité de faire correspondre le compte-rendu écrit – comportant notamment des chiffres sur la taille de la dilatation de l’aorte – et une table de concordance établie par Société française de Cardiologie (SFC). Il est effectivement arrivé, lorsque les chiffres qui figuraient dans le compte-rendu ne correspondaient pas à cette table, que le collège modifie le grade (de gravité) de 1 à 2 ou inversement. Mais c’est rare. »

Pour le Pr Jean-Luc Monin, président de la filiale d’échocardiographie de la SFC « la requalification d’un grade 1 vers un grade 2 ou inversement, n’a pas d’importance puisque l’imputabilité au benfluorex n’est pas évidente dans ce cas ». Il met ici le doigt sur un point majeur de désaccord avec les associations de victimes, qui réclament depuis longtemps la prise en compte des atteintes de bas grade.

Des expertises sur photocopies ?

Ces associations d’ailleurs, contestent le bien-fondé de ces changements de grades. « On ne peut pas modifier le grade déterminé par l’échographiste au moment de l’examen en se basant sur des échographies papiers », estime Dominique Courtois, qui cosigne un communiqué avec d’autres associations de patients. « Je n’ai jamais vu un expert judiciaire modifier le diagnostic d’autres médecins, même s’il n’est pas du même avis », ajoute-t-il.Jean-Luc Monin pour sa part, rappelle que « si on ne peut pas vérifier les chiffres à partir des vidéos (d’échocardiographie, n.d.l.r.), c’est forcément discutable ». Et Roger Beauvois d’admettre que « lorsque l’on n’a pas l’enregistrement sur CD, nous nous basons sur le compte-rendu et parfois des photocopies de photos ».

Comme le rappelle Erik Rance, directeur de l’ONIAM, les experts du collège attaché à l’Office national d’Indemnisation des Accidents médicaux (ONIAM) « ne sont pas des experts judiciaires ». Le dispositif mis en place dans l’affaire du Médiator® est « à part ». Le décret de loi l’encadrant indique ainsi que « le collège peut procéder lui-même à l’examen du dossier », sans expertise extérieure. Pour autant, la possibilité d’une requalification du degré d’atteinte indiqué par le dossier n’est pas évoquée dans le texte.

Imposer un moratoire sur les travaux du collège ?

« Certains éléments de nombreux dossiers de victimes présumées ont été réinterprétés […] pour minimiser la gravité des lésions, ce qui revient à remettre en cause une indemnisation pourtant légitime », accusent pourtant les associations de victimes, la Revue Prescrire et le Dr Irène Frachon. Ils demandent « solennellement l’intervention de la ministre de la Santé pour faire cesser de tels agissements […] en imposant dès à présent un moratoire (sur les) travaux du collège d’experts benfluorex. »

Une réunion du conseil d’orientation de l’ONIAM doit se tenir mardi après-midi, en présence des associations de victimes. « Il est important qu’elles soient informées en toute transparence sur les méthodes du collège », souligne en effet Erik Rance.

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Ecrit par : Dominique Salomon – Edité par : David Picot et Marc Gombeaud

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