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La méthadone est avant tout prescrite comme traitement de substitution chez les personnes dépendantes aux opioïdes, qu’il s’agisse d’héroïne, de morphine, d’oxycodone ou encore de tramadol. Ce stupéfiant trouve aussi une place dans la prise en charge de certaines douleurs cancéreuses, notamment lorsque les autres opioïdes ne permettent pas de soulager les patients. C’est donc un médicament essentiel et très efficace, mais qui expose à des risques graves si la posologie n’est pas respectée, pouvant conduire à un arrêt cardiorespiratoire voire au décès.
Pour s’en prémunir, la méthadone est encadrée par des règles strictes de prescription et de dispensation. Seuls certains spécialistes sont habilités à l’initier (praticiens travaillant en centres de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie-CSAPA ou dans des services d’addictologie), et elle est délivrée au moyen d’une ordonnance sécurisée. À cette exigence s’ajoute une mesure de prévention systématique : chaque prescription doit être accompagnée de la délivrance d’un kit de naloxone prêt à l’emploi, en cas de surdose. Cet antidote bloque rapidement les effets de la méthadone sur le cerveau, ce qui permet de restaurer la respiration chez une personne en détresse.
Or, entre 2021 et 2025, les signalements de surdoses et d’effets indésirables graves ont continué d’augmenter, alerte l’ANSM, allant jusqu’à doubler par rapport à la période précédente de surveillance. Par exemple, le nombre de cas dans la dernière enquête du centre antipoison et de toxicovigilance de Lille constate une hausse de 79 % par rapport à l’enquête antérieure, avec 8,77 cas mensuels contre 4,88 cas. Le nombre de cas graves a augmenté de plus de 200 %.
Les situations à risque pouvant conduire à des surdoses de méthadone, y compris chez des patients pourtant inscrits dans un protocole de soins encadré sont :
Concernant le risque d’interactions médicamenteuses avec la méthadone, les classes de traitements impliquées ont été identifiées, notamment certains psychotropes (antidépresseurs, antipsychotiques), mais aussi des antibiotiques, des antifongiques, des médicaments utilisés dans les troubles digestifs, ainsi que certains traitements anticancéreux.
Ces associations peuvent modifier les effets de la méthadone et augmenter le risque d’effets indésirables, en particulier de surdose. Les signalements d’effets indésirables graves associés à ces interactions médicamenteuses ne cessent d’augmenter. Ils sont notamment décrits en lien avec des surdoses, des troubles du rythme cardiaque accompagnés de modifications de l’activité électrique du cœur. Or ces effets ne sont pas réversibles par la naloxone et peuvent évoluer vers le décès, ainsi que des syndromes de sevrage.
L’ANSM délivre des conseils aux patients sous méthadone et à leur entourage : la posologie prescrite doit être respectée de manière stricte, et tout doute sur une efficacité insuffisante doit être signalé à l’addictologue. L’ensemble des traitements pris, y compris ceux délivrés sans ordonnance et les compléments alimentaires, doit être communiqué systématiquement au médecin ou au pharmacien. Tout symptôme inhabituel doit également être rapporté.
Le médicament ne doit jamais être transmis à une autre personne. Les associations à risque, (alcool, opioïdes, cocaïne), doivent être évitées.
Un kit de naloxone doit être disponible en permanence et l’appel immédiat au 15 reste indispensable.
Déclarer un effet indésirable à l’ANSM : ici.

Source : Communiqué ANSM (Méthadone : l’ANSM rappelle le bon usage de ces médicaments pour réduire le risque de surdose et d’interactions médicamenteuses) du 21/05/26 ; Enquête nationale portant sur les données des CAP-TV relative à la méthadone 27/01/26 ; Bon usage des médicaments opioïdes : antalgie, prévention et prise en charge du trouble de l’usage et des surdoses HAS 2022.

Ecrit par : Hélène Joubert ; Édité par Vincent Roche