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Ces derniers jours, vous avez sûrement entendu parler de l’approche One Health, ou “une seule santé”. La France et l’Indonésie ont en effet organisé le One Health Summit du 5 au 7 avril à Lyon (Rhône). Augmentation et circulation de la population, mondialisation des échanges, élevage intensif, déforestation et dérèglement climatique… sont autant de caractéristiques propres au monde contemporain et qui favorisent l’émergence et la transmission des virus, des bactéries, des parasites et leur passage de l’animal à l’homme.
Ainsi, comme l’explique l’Institut Pasteur, les épidémies et pandémies n’ont jamais été aussi nombreuses que ces dernières années. Alors qu’une pandémie se déclarait tous les siècles en moyenne avant le 20e siècle, « six pandémies se sont déjà produites, toutes causées par des virus issus du monde animal : SRAS, grippe H1N1 pandémique, MERS-CoV, Zika, Ebola et tout récemment Covid-19 ».
Les chiffres sont éloquents : 75 % des agents pathogènes émergents sont d’origine animale, les maladies infectieuses sont responsables de 15 millions de décès chaque année et 17 % des maladies infectieuses sont transmises par des vecteurs, généralement des insectes hématophages. Les maladies vectorielles sont responsables de 700 000 décès par an, en particulier dus au paludisme et à la dengue.
Pour faire face à la recrudescence et l’émergence des maladies infectieuses, l’approche One Health est apparue officiellement en 2021, issue d’un groupe d’experts des Nations unis. En découle la définition suivante, non-exhaustive : « l’approche ‘Une seule santé’ est une approche intégrée et unificatrice visant à équilibrer et optimiser durablement la santé des personnes, des animaux et des écosystèmes. Elle reconnaît que la santé des humains, celle des animaux domestiques et sauvages, des plantes et de l’environnement au sens large (y compris des écosystèmes) sont étroitement liées et interdépendantes ».
Il s’agit donc de décloisonner les disciplines scientifiques, alors que les chercheurs travaillaient jusqu’alors en silos, en prenant en compte les interactions entre la santé humaine, animale, végétale et leur environnement. « L’approche ‘One Health’ incite à ne plus appréhender les crises sanitaires isolément. Une meilleure prévention et anticipation des nouvelles crises sanitaires passe par la compréhension de leurs déterminants environnementaux et des interdépendances entre les différents domaines du vivant », précise l’Anses.
Si la prise de conscience a eu lieu dans le début des années 2000, la crise du Covid-19 a été un révélateur à l’échelle planétaire, mettant en lumière l’urgence d’appliquer ce concept, pour la recherche et la santé. Le SARS-CoV-2, à l’origine d’une pandémie mondiale, a sans aucun doute émergé depuis un réservoir animal, la chauve-souris avec un passage très probable par un hôte intermédiaire. La crise a montré la nécessité de surveiller les virus chez les animaux et les mutations.
La mondialisation et les activités humaines entraînent des conséquences multiples qui interagissent entre elles avec des effets en cascade. « Les effets combinés de l’augmentation de la population mondiale, de celle des animaux domestiques et de l’intensification des transports a accéléré la diffusion des pathogènes. Dans le même temps, la dégradation de l’environnement, la déforestation et le développement des villes au niveau mondial ont favorisé le contact entre les animaux sauvages, les animaux d’élevage et l’être humain, et le transfert de nouveaux virus et bactéries issus des écosystèmes sauvages, explique l’Anses. Par ailleurs, l’exposition aux substances chimiques et aux polluants générés par les activités humaines ne cesse de croître, avec des effets sur les santés, notamment liés à la combinaison de leurs effets toxiques, qui restent pour beaucoup méconnus. L’emploi largement répandu des antibiotiques et autres antimicrobiens, ou des produits phytopharmaceutiques, favorise l’émergence de pathogènes et organismes résistants, contre lesquels il devient difficile de lutter ».
Par exemple, lorsque l’on soigne des animaux d’élevage avec des antibiotiques, cela entraîne des résistances transmissibles aux bactéries présentes dans notre organisme, celui des animaux ou dans l’environnement. L’élevage intensif favorise la circulation des virus, comme pour la grippe aviaire, leur mutation et leur capacité à franchir la barrière des espèces. Autre exemple avec l’utilisation d’insecticides, tel que le chlordécone qui utilisé, au départ pour protéger les cultures de bananiers d’un insecte ravageur, contamine les sols, les eaux souterraines, les rivières, mais aussi les animaux élevés en plein air et expose les humains à des molécules néfastes pour leur santé.
L’approche One Health, bien que vertueuse, présente des limites de taille. Pour qu’elle fonctionne, il est essentiel que les pays collaborent et s’échangent les données. Mais les priorités économiques, divergences politiques et inégalités entre les pays sont autant d’obstacles qui paraissent infranchissables.

Source : Anses, Institut Pasteur, Inrae

Ecrit par : Dorothée Duchemin – Edité par Emmanuel Ducreuzet