Ophtalmologie : l’accès aux soins à Mumbai

[15 juillet 2016 - 11h28] [mis à jour le 15 juillet 2016 à 12h29]

A Mumbai, capitale de l’État indien du Maharashtra, la moitié de la population vit dans des bidonvilles, loin des structures de soins. Malgré un fort développement, le budget alloué à la santé reste en effet insuffisant. Pour favoriser la prise en charge ophtalmologique des plus précaires, l’association française Vision Solidarité Développement (VSD) se déplace une fois tous les ans dans la mégalopole. Au programme, examens de la vue et prescription de lunettes en collaboration avec les professionnels locaux.

Dans le monde, l’Inde occupe la première marche sur le podium de la production de médicaments génériques. Mais le pays reste traversé par une profonde faille sanitaire. En effet, si le produit intérieur brut de ce pays émergeant ne cesse d’augmenter, la part allouée aux dépenses médicales, elle, stagne à 2%. Un budget en-deçà des 6% fixés par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) concernant la distribution des fonds pour la santé dans les pays à revenus moyens.

En termes d’accès aux soins, l’Inde se place d’ailleurs derrière des pays où le niveau de vie est moins élevé : le Bangladesh, la Chine, le Sri Lanka ou la Thaïlande. Les obstacles sont multiples : le personnel médical et paramédical est insuffisant et encore peu formé. En 2014 on comptait ainsi 6 médecins pour 10 000 habitants. Les ressources matérielles s’avèrent maigres et mal gérées, l’accès aux soins onéreux et le système de protection sociale inexistant.

Des lunettes au cœur de la précarité

L’un des domaines concernés par ce manque d’accès aux soins : l’ophtalmologie peine à arriver au cœur des bidonvilles. Pour pallier ce fléau, l’association VSD choisit de se déplacer une fois par an depuis 2010 pour une mission de deux semaines dans les bidonvilles de Mumbai. Ville dans laquelle il manque 2,5 millions d’habitats pour loger décemment l’ensemble des citadins. Un tiers de la population vit ainsi sous le seuil de pauvreté.

Dans les bidonvilles et dans les écoles attenantes, l’association VSD propose gratuitement des examens de la vue en partenariat avec l’Ecole d’optométrie du Lotus de Mumbai. Auprès des plus jeunes comme des adultes, la priorité est de diagnostiquer un potentiel besoin de lunettes. En cas de troubles, la prescription d’une paire de lunettes se fait elle aussi sans avance de frais. Gage d’une autonomie à la lecture et à l’écriture, « ce dispositif médical est indispensable à tout âge de la vie pour une bonne intégration sociale, scolaire et professionnelle », explique Jean-Paul Roosen, président de VSD.

Dépister pour protéger

Ce dépistage aide aussi à repérer les premiers signes de glaucome. Un trouble d’origine génétique dans 99% des cas qui touche 3% à 6% de la population indienne. Il se caractérise par une augmentation de la pression intraoculaire liée à l’accumulation de dépôts appelés fibrilles. Sans prise en charge précoce, le glaucome augmente le risque de cécité. D’ailleurs « la plupart des formes de déficience visuelle peuvent être évitées, traitées ou guéries facilement grâce à des mesures connues et peu coûteuses », explique l’OMS. Et des milliers de cas de cécité sont évitables grâce à la prise en charge précoce d’une déficience visuelle.

Pour améliorer l’accès aux soins, plusieurs défis attendent le pays : une plus grande considération du gouvernement pour la santé publique et une réduction des disparités entre riches et pauvres. Actuellement « le système de santé indien fonctionne sans couverture sociale mais les professionnels locaux font avec », explique François Vieville, vice-président de VSD. Mais les missions de prévention et les outils de dépistage restent indispensables à la protection des Mumbaikars les plus précaires. Un défi de grande envergure, la ville couvre en effet 6 fois la surface de Paris (603,4 km²). En moyenne, 1 500 personnes s’installent chaque jour dans la cinquième plus grande métropole au monde. Et selon les projections démographiques, elle deviendra en 2031 la ville la plus peuplée du monde avec 34 millions d’habitants. Soit l’équivalent de la moitié de la population française regroupée… dans une seule et même ville.

Et dans le monde ?

Les troubles de la vision affectent 670 millions de patients à l’échelle mondiale. Au total, « 158 millions de personnes sont atteintes de troubles visuels importants causés par des erreurs de réfraction non corrigées (acuité visuelle inférieure à 3/10° sur le meilleur œil) ». Parmi elles, 8 millions perdent même la vue avec une acuité inférieure à 1/20°. Ainsi, après la cataracte, les erreurs de réfraction représentent la deuxième cause de cécité dans le monde.

Partager cet article