Les pauvres ont plus souvent des problèmes de santé respiratoires et vasculaires que les riches. Ou même que les classes moyennes. Ce constat indique-t-il pour autant que ces individus sont davantage exposés à un air pollué ? Une vaste étude européenne répond par l’affirmative en nuançant le propos.

Afin de déterminer s’il existe un lien entre niveau socio-économique et exposition à un air pollué, des chercheurs européens ont mené un large travail auprès de 5 692 citadins de 16 grandes villes d’Europe occidentale.

Dans le détail, « pour chaque participant, nous avons utilisé les mêmes critères pour évaluer leur niveau socio-économique : deux critères individuels – niveau d’études et catégorie socioprofessionnelle – et le taux de chômage de leur quartier de résidence », indique Sofia Temam, doctorante à l’Inserm, première auteure de l’étude. « Et pour chacun, l’exposition annuelle au dioxyde d’azote (NO2) – un polluant émis principalement par le trafic routier – a été estimée en fonction de l’adresse de leur domicile dans le cadre du projet européen ESCAPE. »

Le chômage, un facteur de risque

Dans 11 des 16 villes étudiées, « les chercheurs ont observé que les habitants des quartiers les plus touchés par le chômage étaient les plus exposés au NO2 », notent les auteurs. Mais « lorsqu’on ne retient que les critères individuels du niveau socio-économique – niveau d’études et catégorie socioprofessionnelle – les résultats ne montrent pas d’association significative avec l’exposition au NO2 ».

En somme, « l’exposition [à la pollution de l’air] des citadins d’Europe occidentale semble davantage liée aux caractéristiques urbaines propres à leur ville et à ses quartiers qu’à leur niveau socio-économique » en soi. « Mais d’autres études internationales à grande échelle seront nécessaires pour conclure », précise Sofia Temam.

Autre explication : une santé précaire ?

Si les résultats de cette étude étaient confirmés, « une autre piste est déjà explorée pour expliquer la fréquence plus élevée des problèmes cardiovasculaires et respiratoires observés dans cette population », indiquent les auteurs. Ils pourraient être plus sensibles aux effets de la pollution atmosphérique en raison d’un moins bon état de santé général dû au tabagisme, à l’alimentation et à un moindre accès aux soins notamment.

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