Perturbateurs endocriniens : et maintenant les… antalgiques

[05 juin 2013 - 10h59] [mis à jour le 19 décembre 2013 à 14h57]

Les antalgiques les plus utilisés pourraient réduire la fertilité masculine. ©Phovoir

Les antalgiques les plus utilisés pourraient présenter des effets similaires à ceux des perturbateurs endocriniens, comme le bisphénol A et les phtalates. Ainsi, paracétamol et autre anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) inhiberaient la production de testostérone chez l’adulte. C’est ce qu’indique une étude menée par l’INSERM sur des échantillons de tissu testiculaire d’hommes adultes, mis en culture avec du paracétamol ou de l’aspirine (AINS).

« Quatre études de cohorte indépendantes mettent en évidence une association entre antalgiques et risque de cryptorchidie (l’absence d’un ou des deux testicules dans le scrotum –ndlr) » décrit Bernard Jégou, directeur de l’Institut de recherche, santé, environnement et travail (IRSET) de Rennes (Ille-et-Vilaine). « Nos travaux chez le rat montrent une baisse de la production de testostérone, ou encore une féminisation des rats mâles nouveau-nés. »

Un enjeu de Santé publique

Grâce à ces résultats, les chercheurs ont obtenu le soutien de l’Agence nationale du médicament (ANSM) afin de mener des recherches chez l’humain, du stade fœtal au stade adulte. Pour Bernard Jégou, « il s’agit des médicaments parmi les plus utilisés dans le monde. La conduite de ces travaux est donc un enjeu de santé publique. »

Les équipes de Jégou ont ainsi exposé des échantillons testiculaires d’hommes adultes à différentes doses de paracétamol ou d’aspirine pendant au moins 24 heures. Les observations semblent sans appel.  « A des concentrations équivalentes à celles retrouvées dans le plasma en cas de prise de ces molécules, chacune d’elles perturbe la production d’hormones stéroïdiennes et d’autres facteurs nécessaires à la masculinisation et la fertilité », explique le chercheur. En pratique, cela se manifeste par une baisse de production de la testostérone mais également des prostaglandines.

Un risque pour les sportifs ?

Pour Bernard Jégou, ces résultats « interpellent sur l’usage massif et chronique (des antalgiques) par certaines catégories de personnes. Des athlètes de haut niveau en usent et en abusent, notamment à des fins préventives. Outre les risques potentiels sur la fertilité ou sur la santé en général, ces produits qui provoquent une baisse de production de testostérone pourraient donc être contre-productifs en terme de performances »

Ecrit par : Vincent Roche – Edité par : Emmanuel Ducreuzet

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