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Dans son numéro de mai 2026, le magazine 60 Millions de consommateurs a mesuré la concentration en cadmium dans les flocons d’avoine. Pour rappel, le cadmium est un métal lourd naturellement présent dans les sols. Mais les activités humaines contribuent aussi largement à sa présence, dans les sols notamment. En cause, l’épandage de fertilisants tels que les engrais minéraux phosphatés et les effluents d’élevage. L’origine du cadmium est aussi industrielle, émis dans plusieurs secteurs, notamment les industries métallurgique, chimique et électrique, ainsi que lors de l’incinération des déchets ou bien encore le recyclage des batteries.
12 marques ont été testées, bio ou non. Du cadmium a été détecté dans l’ensemble des produits analysés. Les teneurs mesurées sont comprises entre 0,008mg/kg et 0,019mg/kg. « La dose hebdomadaire tolérable de cadmium, établie par les autorités sanitaires françaises, est de 2,45 microgrammes/kg (μg/kg) de poids corporel, soit, pour une personne de 70kg, 171,5 μg par semaine, rappelle 60 Millions de consommateurs. En consommant quotidiennement une portion de 45g de flocons d’avoine Quaker Oats ou Chabrior, elle ingère ainsi 59,85 μg de cadmium chaque semaine – un tiers du seuil. » Le seuil peut donc être facilement dépassé en prenant en compte les autres sources de cadmium consommées sur la journée.
L’alimentation représente en effet la première source d’exposition humaine au cadmium. « Les principaux aliments contributeurs pour les français sont des aliments du quotidien à base de blés et de céréales : céréales du petit-déjeuner, pain et produits de panification sèche, viennoiseries, pâtisseries, gâteaux et biscuits sucrés, pâtes, ainsi que le riz et blé raffinés, les pommes de terre et certains légumes », note l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses). Le cadmium pénètre facilement dans les végétaux par leur racine et contamine ainsi la chaîne alimentaire. On le retrouve aussi en grande quantité dans les produits de la mer et les abats mais ceux-ci sont consommés en moindre quantité.
Ces dernières années, les travaux de l’Anses mettent en évidence une surexposition d’une partie de la population au cadmium. Les derniers résultats « montrent une augmentation de la part de la population dont les expositions alimentaires dépassent la dose journalière tolérable par ingestion pour le cadmium : entre 23 % et 27 % pour les enfants et 1,4 et 1,7 % chez les adultes ». Et la dernière étude nationale de biosurveillance ESTEBAN, menée entre 2014 et 2016 par Santé publique France, révélait que 47,6% de la population de 18 à 60 ans dépassait le seuil de concentration critique de cadmium dans les urines (0,5 μg de cadmium par gramme de Cd de créatinine), soit une imprégnation en hausse de la population française par rapport aux données précédentes.
L’Anses alerte sur des effets néfastes probables pour une part croissante de la population si aucune mesure n’est mise en place pour réduire les expositions au cadmium. Classé comme cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction, le cadmium est reconnu comme cancérogène certain pour le poumon en milieu professionnel et suspecté d’induire d’autres cancers (pancréas, vessie, prostate et sein). En cas d’exposition prolongée, même à faible dose, le cadmium entraîne des atteintes rénales, pouvant évoluer vers une insuffisance rénale. Il peut également entraîner une fragilité osseuse, augmentant le risque d’ostéoporose et de fractures. D’autres effets indésirables ont aussi été identifiés sur le neurodéveloppement et le système cardiovasculaire.
Début avril, l’Assurance maladie et les syndicats de biologistes médicaux se sont mis d’accord sur le tarif du dépistage de l’exposition au cadmium en laboratoire de ville. Le dosage sanguin et urinaire du cadmium pourra être facturé 27,50 euros chacun avec une prise en charge à 60 % par l’Assurance maladie et à 40 % par les complémentaires santé. Accessible à l’hôpital, ce dépistage en ville, sur lequel s’était engagé le gouvernement en 2026, répond aux recommandations de la Haute autorité de Santé émises en 2024. Le dépistage ne concerne ainsi que les personnes surexposées au cadmium du fait de leur lieu de résidence (sols pollués) et certains professionnels.
Toutefois, pour l’Anses, la vraie mesure efficace contre le cadmium serait d’agir sur les sources de contamination des sols agricoles. « Cela implique notamment d’appliquer des valeurs limites pour le cadmium dans les matières fertilisantes utilisées en agriculture. »

Source : 60 Millions de consommateurs, Anses, HAS, Fédération française de la biologie

Ecrit par : Dorothée Duchemin – Edité par Emmanuel Ducreuzet