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En France, environ un tiers de la population – enfants et adultes – réagit à au moins un allergène. Les allergies ne sont pas figées dès l’enfance : elles peuvent apparaître, évoluer, s’aggraver ou même disparaître au fil des années, tout au long de la vie.
Les allergies résultent d’une interaction entre une prédisposition génétique et des facteurs environnementaux : « une personne peut naître avec un ‘terrain atopique’ sans pour autant présenter de symptômes, ceux-ci pouvant apparaître plus tard selon les circonstances, explique le Dr. Frédéric Le Guillou, pneumologue et président de l’association Santé Respiratoire France, interrogé par Destination Santé. Cette apparition tardive s’explique notamment par des expositions répétées à un allergène. Le système immunitaire peut le tolérer pendant des années avant de le considérer comme une menace, ce qui entraîne une ‘bascule’ du côté de l’allergie. C’est le cas pour des éléments courants comme les pollens, les acariens, les animaux ou certains aliments. »
En effet, l’allergie apparaît souvent après une phase de sensibilisation silencieuse à l’allergène qui peut durer des années. Le système immunitaire se « prépare » lors du premier contact avec une substance allergène, sans symptômes visibles. Il produit alors des anticorps spécifiques (IgE) dirigés contre cet allergène, qui se fixent sur certaines cellules immunitaires (mastocytes et basophiles). Lors d’un nouveau contact avec la même substance, ces anticorps la reconnaissent immédiatement et déclenchent une activation de ces cellules. Elles libèrent alors des substances inflammatoires (comme l’histamine), responsables des démangeaisons, gonflement, écoulement nasal ou réactions cutanées, voire choc anaphylactique.
Ce mécanisme concerne différents types d’allergies et les formes respiratoires (pollens, acariens), cutanées ou alimentaires peuvent toutes débuter à l’âge adulte, même en l’absence d’antécédents de manifestations cliniques durant l’enfance. « On estime qu’environ 20 % des allergies, tous types confondus, apparaissent après l’âge de 20 ans, indique le Dr le Guillou. Par exemple, la rhinite allergique concerne près de 25 à 30 % des adultes, avec une prévalence qui atteint souvent un maximum entre 45 et 64 ans. » Autre exemple, la dermatite atopique touche surtout l’enfance, mais elle peut se prolonger ou débuter à l’âge adulte.
« Cette sensibilisation progressive peut aussi être favorisée par des changements de contexte de vie, précise Frédéric le Guillou. Un déménagement dans une région exposée à de nouveaux pollens, un changement d’environnement professionnel, la présence d’un nouvel animal au domicile (chat, chien) ou encore une augmentation de la pollution peuvent modifier les expositions et déclencher une réaction allergique. »
Le changement climatique peut aussi favoriser les allergies respiratoires : cette évolution s’explique par des hivers plus doux et une hausse du CO₂, qui favorisent des floraisons précoces et une production accrue de pollen. Les pollens deviennent aussi plus allergisants (plus de protéines allergéniques, présence de composés renforçant la réponse immunitaire), avec un effet amplifié par la pollution de l’air.
« À ces facteurs environnementaux s’ajoutent des évolutions du système immunitaire lui-même, indique le pneumologue. Avec l’âge, des variations hormonales (grossesse, ménopause), des infections ou le stress peuvent modifier sa réactivité. Cela explique en partie la survenue d’allergies à l’âge adulte, notamment alimentaires (fruits de mer, fruits à coque) ou médicamenteuses, plus fréquentes chez les seniors. »
Enfin, ces mécanismes individuels s’inscrivent dans un contexte plus large. Des facteurs sociétaux sont évoqués, comme une moindre exposition aux microbes dans l’enfance (théorie de l’hygiène). La réduction de la diversité des agents auxquels nous sommes exposés conduirait à une réduction de la tolérance de notre système immunitaire aux allergènes.
Certains cas d’asthme allergique (7 à 10 % de la population), et pouvant donc se déclarer à l’âge adulte, même tardivement, sont liés à l’environnement professionnel. Parmi les métiers exposés à des substances sensibilisantes, on trouve les boulangers-pâtissiers (allergènes de la farine de blé, acariens de farine), les soignants (latex, désinfectants dont aldéhydes et composés d’ammonium), les coiffeurs (persulfates), les peintres (isocyanates), les agents d’entretien (ammonium) et les travailleurs du bois (poussières).

Source : Interview du le Dr Frédéric Le Guillou, pneumologue et président de l’association Santé Respiratoire France (avril 2024) ; Dossier Inserm « Allergies, Un dérèglement du système immunitaire de plus en plus fréquents » (consulté le 16/04/25)

Ecrit par : Hélène Joubert - Édité par Emmanuel Ducreuzet