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Il est désormais bien documenté que la pollution sonore agit de manière délétère sur la santé : risque cardiovasculaire, stress, dépression, troubles du sommeil (insomnies, nuit fragmentée…), retards d’apprentissage, difficultés de concentration…
Selon Bruitparif, le bruit des transports en Ile-de-France est responsable d’une perte de vie en bonne santé de 10,7 mois par habitant en moyenne ; cette perte pouvant aller jusqu’à 3 ans pour les personnes les plus exposées au bruit.
Une nouvelle étude coordonnée par l’Inserm et Sorbonne université, publiée le 21 mars 2025 dans la revue Journal of exposure Science and environnemental epidemiology, caractérise davantage le risque sonore pour les habitants du Grand Paris (près de 8 millions d’habitants). Pour y parvenir, 259 personnes recrutées entre 2018 et 2020 ont été équipées de sonomètres et de GPS durant 4 jours. Objectif : mesurer l’exposition au bruit dans leur vie quotidienne : à la maison, au travail, dans les transports…
En moyenne, les participants ont été exposés durant 64 % de ces 4 jours à un volume sonore dépassant 55 dB, soit le seuil à partir duquel, selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), le risque pour la santé survient.
Les doses d’exposition au bruit étaient ainsi réparties :
Les chercheurs pointent l’implication des déplacements, tous modes confondus, jusqu’ici peu étudiée. « Au total, les participants de l’étude y ont subi plus du tiers (37,2 %) de leur dose quotidienne de bruit, alors qu’ils y ont passé 2 heures et 14 minutes en moyenne, soit moins de 10 % de leur temps », note l’Inserm dans un communiqué du 1er avril. « L’étude montre que la pollution sonore plus intense dans les transports ferrés souterrains, et plus largement dans les transports motorisés, contribue de façon non négligeable à l’exposition quotidienne au bruit des résidents du Grand Paris », ajoute Basile Chaix, dernier auteur de l’étude et directeur de recherche à l’Inserm.
Forts de ces résultats, les auteurs remettent en question la simple mesure par Bruitparif du bruit en façade des bâtiments pour quantifier les expositions. Cette seule valeur sous-estimerait le risque pour les populations, les mobilités individuelles étant une source importante d’exposition au bruit. « Alors que la dernière carte stratégique du bruit de Bruitparif a montré que 80 % des habitants d’Île-de-France vivent dans des logements exposés à des niveaux de pollutions sonores qui excèdent fortement les recommandations de l’OMS, nos résultats suggèrent que ces seuils sont aussi souvent dépassés lors des activités et des déplacements quotidiens hors du domicile. En conséquence, les cartes de bruit officielles, qui indiquent le bruit mesuré en façade des bâtiments, ne peuvent pas être utilisées seules pour prédire les impacts du bruit sur la santé de la population », poursuit Basile Chaix.
Les auteurs plaident pour l’émergence de « zones calmes » en ville, une réduction du bruit lié au transport motorisé, un aménagement de la ville et un accès aux services et aux commerces pour les piétons.
Source : BruitParis, Inserm, Journal of Exposure Science & Environmental Epidemiology
Ecrit par : Dorothée Duchemin – Edité par Emmanuel Ducreuzet