Voir un ophtalmo: 77 jours d’attente !

[11 février 2014 - 07h24] [mis à jour le 04 mars 2014 à 15h59]

Près de 80 jours en moyenne pour obtenir un rendez-vous médical ! Cela vous paraît inconcevable ? C’est pourtant le délai moyen d’attente en France avant d’être reçu par un ophtalmologiste ! Une situation qui ne date pas d’hier… et qui risque encore de s’aggraver.

Les résultats d’une étude commandée par le Groupe Point Vision promettent un avenir flou pour notre santé oculaire. « 77 jours ! C’est le délai moyen en France avant d’obtenir un rendez-vous en ophtalmologie. Une attente qui peut même aller de 7 mois à un an dans certains départements ! » Dans la Loire, le Finistère et l’Isère, l’attente est particulièrement longue. Et pour cause, si vous habitez ces départements, vous devrez patienter environ 200 jours ! Et jusqu’à un an en Corrèze! En revanche,  à Paris, dans les Alpes-Maritimes ou encore dans les Hauts-de-Seine, il faut compter entre 24 jours et 40 jours en moyenne. Seulement…

Selon les départements, 30% à 65% des ophtalmologistes sont saturés au point de refuser les rendez-vous. « Ces résultats ne sont pas une surprise », commente le Dr Jean-Bernard Rottier, Président du Syndicat national des Ophtalmologistes de France (SNOF). « Il existe d’énormes différences à l’échelle nationale. Mais celles-ci devraient s’atténuer… dans le mauvais sens du terme. » Il n’hésite pas à parler de « pénurie à venir ». Il s’inquiète surtout des conséquences en termes de santé publique. Et pour cause, de plus en plus de patients, face aux délais trop longs, tentent leur chance chez un autre ophtalmo… et finissent par ne pas prendre du tout de rendez-vous. « Une situation qui tend à s’amplifier », déplore-t-il.

 

Les raisons de telles attentes ?

« On n’a pas assez d’ophtalmos ! », reprend-il. « Les départs en retraite ne sont pas remplacés. Sans compter qu’en 10 ans, la charge de travail a augmenté de 50% (avec le vieillissement de la population) pour des effectifs restés identiques. Voilà comment on arrive à une situation critique et à des risques multipliés de malvoyance chez certains patients ».

Comment rétablir la situation ?

Pour réduire ces délais d’attente, le président du SNOF se raccroche à des recommandations émises en mai 2013 par l’Académie nationale de médecine selon laquelle  « Il est nécessaire de former plus de médecins ophtalmologistes et développer le travail aidé avec les orthoptistes. » En matière de formation, Le Dr Rottier assure que « ce ne sont pas les candidats qui manquent. Mais les places au sein des formations sont chères ! Le fameux Numerus Clausus ».

En revanche, il insiste sur ce qu’il appelle le  « travail aidé », entre l’ophtalmo et l’orthoptiste. « C’est un partage des consultations. Les patients sont vus par l’orthoptiste. L’ophtalmologiste contrôle ensuite le dossier et les examens en différé et adresse l’ordonnance au patient sous 8 jours ». Il l’assure, avec un tel système déployé à l’échelle nationale, « les délais de prise en charge pourraient passer de 12 mois à 15 jours ! » Cette solution – validée par la Haute Autorité de Santé (HAS) – est en cours d’expérimentation dans la Sarthe… Une action par ailleurs saluée par la ministre de la Santé, Marisol Touraine pour qui « les transferts de compétence » sont l’un des engagements à tenir dans la lutte contre les déserts médicaux.

Face à ces délais d’attente toujours trop longs, quelques initiatives naissent ici où là pour satisfaire les patients. Et répondre au mieux aux urgences. Nous y reviendrons au cours des prochains jours.

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