Prévention du VIH : les bons résultats d’Ipergay

[22 juillet 2014 - 14h58] [mis à jour le 22 juillet 2014 à 17h20]

Prendre des antirétroviraux à la demande, avant un rapport sexuel. En voilà une idée ? Et pourtant, cette stratégie de prévention de la transmission sexuelle du VIH est évaluée par plusieurs études. L’une d’entre elles, menée par l’ANRS en France et présentée au cours de la 20e conférence internationale sur le SIDA organisée par l’International Aids Society à Melbourne (Australie) du 20 au 25 juillet 2014. Celle-ci montre une bonne observance chez les homosexuels séronégatifs. Cette prophylaxie est associée aux conseils habituels de prévention, par le préservatif notamment.

La prophylaxie pré-exposition (PrEP) repose sur l’utilisation d’antirétroviraux sous différences formes (gels, comprimés…) par des personnes séronégatives ayant des pratiques sexuelles à risque. Objectif, réduire le nombre de nouvelles infections au VIH. L’étude ANRS Ipergay, lancée en janvier 2012, évalue une stratégie inédite. Les participants se voient proposer la prise d’un comprimé de Truvada® (une bithérapie associant ténofovir et emtricitabine), « à la demande », à l’occasion des rapports sexuels.

Une étude antérieure avait déjà montré que la prise d’antirétroviraux en prévention réduisait en moyenne de 44% le risque d’être infecté. L’administration était, dans ce travail, quotidienne. A cette offre de traitement s’ajoute toujours un accompagnement renforcé de la prévention : conseils personnalisés, mise à disposition de préservatifs et de gel, dépistage régulier et traitement des infections sexuellement transmissibles.

Un premier pas encourageant

« L’idée, c’est que le traitement préventif soit plus simple, mieux toléré et mieux adapté à la vie des personnes qu’un traitement continu à prendre tous les jours », souligne le Pr Jean-Michel Molina du Groupe Hospitalier Saint-Louis (Paris) et coordinateur de l’étude. Pour savoir si les participants prennent bien les médicaments proposés, une évaluation régulière de l’adhésion est effectuée tout au long de l’essai. « Elle repose sur des questionnaires, le comptage des comprimés mais aussi sur la mesure des concentrations des médicaments dans le sang, méthode la plus objective pour apprécier l’observance. »

Les résultats portent sur 548 échantillons sanguins obtenus auprès des 113 premiers participants. Les deux antirétroviraux (ténofovir et emtricitabine) sont détectés chez respectivement 86% et 82% des membres du groupe prenant la molécule. « Ce niveau d’observance est un des meilleurs observés dans les essais réalisés jusqu’ici avec une PrEP orale », indique le Pr Molina. « Un préalable indispensable si notre stratégie se révélait efficace. » En effet, « cela ne préjuge pas de l’efficacité de [celle-ci], mais c’est un premier pas très encourageant », rappelle le Pr Jean-François Delfraissy, directeur de l’ANRS.

A noter que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a recommandé le 11 juillet dernier l’usage de la PrEP comme « un choix additionnel de prévention » pour les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes.  « Ces recommandations nous ont surpris car elles ne reposent sur aucune donnée nouvelle », indique le Pr Molina, sur le site de l’étude Ipergay. Toutefois, elles « renforcent l’intérêt autour de la PrEP comme outil de prévention et la nécessité de fournir des données scientifiques pertinentes. »

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