Propecia : le traitement anti-calvitie accusé de troubles psychiatriques

[14 mars 2019 - 12h12] [mis à jour le 14 mars 2019 à 17h35]

Traitement prescrit pour ralentir la progression d’une calvitie, le finastéride (Propecia et génériques) engendrerait de graves effets indésirables. Troubles sexuels, dépression, idées suicidaires… les dommages pour la santé sont tels que trois procès au civil sont en cours contre le fabricant MSD.

Les plaintes adressées au laboratoire. Suite au suicide de son fils Romain en 2016, Sylviane porte plainte contre le laboratoire. Son fils était sous finastéride 1 mg/jour (Propecia et génériques) depuis 2010 pour freiner la progression d’une calvitie. Un témoignage relayé dans les colonnes du Parisien. Après le début de son traitement, le jeune homme a rapidement souffert de douleurs musculaires et une altération de sa libido. En 2012, les effets indésirables du Propecia commencent à être connus. Peu après, Romain arrête son traitement, mais les effets indésirables perdurent. Son état de santé s’aggrave (dépression sévère, troubles testiculaires, perte de mémoire), à tel point que Romain met fin à ses jours le 7 juin 2016. Aujourd’hui, trois procédures au civil sont en cours contre le fabricant MSD, dont le dossier de Romain. La première audience aura lieu en juin.

Comment fonctionne le Propecia ? Cette molécule freine la chute des cheveux en diminuant la sécrétion de testostérone, l’hormone masculine impliquée dans la libido, la fonction reproductrice et le maintien de la masse musculaire. Mais aussi la pousse des poils et des cheveux. L’androstalone, sécrétée à partir de la testostérone, provoque l’atrophie progressive des follicules pileux.

Quels effets indésirables avérés ? Le médicament Propecia perturbe la fonction sexuelle. « Il peut s’agir d’une diminution de la libido, de troubles de l’érection et de troubles de l’éjaculation », rapporte l’Agence nationale de Sécurité du Médicament (ANSM). Même après arrêt du traitement, les troubles sexuels peuvent persister. Cette molécule est aussi accusée de provoquer des troubles psychiatriques, et ce depuis sa commercialisation en 1999, « suggérant un lien possible entre la prise de finastéride et une dépression ou des idées suicidaires ». A ce jour, la plateforme Post-Finasteride Syndrome Foundation, créée par des cliniciens américains* pour dresser un état de lieux en temps réel des victimes du finastéride, rapporte 15 309 effets indésirables et 59 suicides dans le monde associés à la prise de ce traitement.

Que disent les autorités ? Le 26 octobre 2017, l’ANSM alertait sur l’importance de surveiller de près le risque de dépression chez les patients sous finastéride. L’Agence européenne des médicaments (EMA) exige désormais d’informer « les professionnels de santé et les patients sur les risques de changements d’humeur, d’idées suicidaires et de dépression, sur les notices d’utilisation des spécialités Propecia et Chibro-Proscar et les RCP**». Tout symptôme psychiatrique d’un patient sous finastéride doit entraîner l’arrêt du traitement avec un suivi médical encadré.

A noter : initialement, Propecia 5 mg/jour est prescrit depuis 1993 dans la prise en charge de l’hypertrophie bénigne de la prostate. Selon l’ANSM, des cas de dépression ont aussi été rapportés chez des hommes sous finastéride dans cette indication.

*cette plateforme est reconnue par le National Institutes of Health’s Genetic and Rare Diseases Information Center
**Résumé des caractéristiques de produits

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