Retour des pollens : comment soulager une conjonctivite allergique ?

15 avril 2026

Chaque année, le retour du printemps s’accompagne de celui des allergies saisonnières. Bien avant les premiers éternuements, les yeux donnent souvent l’alerte. Démangeaisons, rougeurs, larmoiements… ces manifestations fréquentes trahissent une conjonctivite allergique. Comment la soulager ? Les réponses du Dr Nassim Belhatri, ophtalmologue.

Quels sont les symptômes d’une conjonctivite allergique ?

Dr Belhatri : Le signe le plus évocateur est le prurit oculaire (démangeaisons), l’impression d’avoir du sable dans les yeux. Les autres manifestations sont moins spécifiques : larmoiement, sensation de brûlure, gêne à la lumière (photophobie), rougeur de la conjonctive (le tissu transparent qui recouvre le blanc de l’œil et l’intérieur des paupières). Dans les formes plus importantes, un chémosis peut apparaître (œdème de la conjonctive, donnant un aspect gonflé du blanc de l’œil) et même, dans les cas compliqués, une atteinte de la cornée (kératite), avec une douleur plus intense.

Environ 20 à 30 % de la population souffre de conjonctivite allergique saisonnière. La notion de saisonnalité oriente vers une origine allergique (souvent au printemps, en lien avec les pollens), tout comme l’atteinte bilatérale : une conjonctivite allergique touche en général les deux yeux en même temps, contrairement à une conjonctivite due à une bactérie.Quant à une irritation simple (vent, poussière, écran), elle provoque plutôt des symptômes transitoires, sans réel prurit ni récidive saisonnière.

Quel est le mécanisme d’une conjonctivite allergique ?

Une conjonctivite allergique correspond à une réaction immunitaire localisée à la surface de l’œil. Un allergène (souvent un pollen) entre en contact avec le film lacrymal et la conjonctive, ce qui active les cellules immunitaires, en particulier les mastocytes, parmi d’autres cellules immunitaires. Ceux-ci libèrent de l’histamine, responsable des manifestations cliniques.

En pratique, tout pollen peut la déclencher chez un individu sensibilisé. Si les pollens aéroportés sont la cause la plus fréquente (pollens d’arbres, de graminées, d’herbacées), d’autres allergènes peuvent être impliqués : acariens, poils d’animaux, spores de moisissures…

Une conjonctivite allergique est-elle toujours associée à une rhinite ?

Une conjonctivite allergique peut être isolée, même si elle est très souvent associée à une rhinite allergique, on parle alors de rhino-conjonctivite. Cette association est fréquente chez les patients présentant un terrain atopique (antécédents d’asthme, de rhinite allergique ou d’autres allergies). Cela dit, certaines personnes n’ont qu’une atteinte conjonctivale sans symptôme nasal. Précision : une conjonctivite allergique n’est pas contagieuse.

« Conjonctivite un jour, conjonctivite toujours ». Est-ce vrai ?

Une allergie ne s’exprime pas de manière strictement identique chaque année. L’intensité des symptômes dépend du niveau d’exposition aux allergènes (quantité de pollens, conditions météorologiques comme la pluie qui plaque les pollens au sol, durée d’exposition, pollution…). En revanche, si un épisode reste unique, sans récidive lors des saisons suivantes, le diagnostic d’allergie mérite d’être réévalué (une irritation ou une autre cause comme une conjonctivite infectieuse).

Quels facteurs peuvent exacerber une conjonctivite allergique ?

Typiquement le port de lentilles de contact ou un temps long sur écran, ce qui assèche les yeux….

Le changement climatique joue un rôle, l’augmentation des températures et du dioxyde de carbone dans l’air stimulant la croissance des plantes. Elles produisent alors plus de pollen, lequel devient plus « agressif » pour l’organisme. Il contient davantage de substances capables de déclencher une allergie, ainsi que des composés qui amplifient la réaction du système immunitaire (comme certains lipides). En parallèle, la pollution de l’air interagit avec ces pollens, les rendant encore plus irritants.

Comment soulager les symptômes d’une conjonctivite allergique saisonnière ?

La prise en charge, repose d’abord sur l’éviction de l’allergène (limiter les expositions extérieures pendant les pics…). Ensuite, le lavage oculaire avec du sérum physiologique permet d’éliminer mécaniquement les allergènes présents dans le film lacrymal.

Mais le traitement de référence repose sur les collyres antihistaminiques (prescription médicale). Ils agissent directement sur la libération et les effets de l’histamine, avec une efficacité nette sur le prurit et la rougeur. En pratique, ils sont utilisés pendant toute la période symptomatique. Un traitement prolongé peut avoir un rôle préventif, afin de limiter les formes sévères. Car une conjonctivite allergique non contrôlée peut évoluer vers des complications, notamment un chémosis important ou une kératite.

A savoir, les traitements disponibles sans ordonnance (sérum physiologique, collyres antiseptiques, anti-allergique local) apportent un soulagement partiel, sans contrôler la réaction allergique elle-même.

Enfin, la désensibilisation (immunothérapie allergénique) est indiquée et efficace dans la conjonctivite allergique, en particulier lorsqu’elle est associée à une rhinite allergique ou lorsque les symptômes sont persistants et modérés à sévères. C’est le seul traitement capable de modifier l’évolution de la maladie en induisant une tolérance immunologique. Elle réduit l’intensité des symptômes oculaires et la dépendance aux médicaments.

  • Source : Interview du Dr Nassim Belhatri (ophtalmologue) (avril 2026), co-fondateur d’OphtaMaine.

  • Ecrit par : Hélène Joubert ; Édité par Emmanuel Ducreuzet

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