Vivre un traumatisme… et souffrir d’un stress incontrôlable lorsque l’élément menaçant refait surface des jours, des mois voire des années plus tard. Des chercheurs américains se sont penchés sur ce processus de la mémoire. Ils prouvent à quel point la peur peut contrôler les réactions au-delà du rationnel.

« Quand l’esprit humain fait face à une menace du passé, il enclenche le mode ‘se battre ou s’envoler’ », explique l’équipe du Pr Joseph Dunsmoor, psychiatre à l’Université du Texas*. Lorsque le cerveau se sent en danger, il enclenche en effet un système d’autoprotection menant à deux possibilités : prendre de plein fouet le moment présent associé au mauvais souvenir et réagir sur le coup des émotions, ou mettre de côté ces flashs anxiogènes pour continuer d’avancer. Mais quand la peur s’en mêle, l’impression d’un réel retour de la menace s’empare du rationnel. Un processus allant jusqu’à créer la confusion entre le passé et le présent, entre le souvenir et le réel.

Mesurer l’impact du stress dans le temps

Pour illustrer ce phénomène, les scientifiques ont pris l’exemple des symptômes du syndrome de stress post-traumatique, exacerbés lorsqu’un climat de peur envahit la personne. Ils ont soumis deux groupes à des détonations, suivies d’un fort bruit d’explosif dans la foulée pour le premier groupe et 24 heures après pour le second.

Résultats, lorsque les deux bruits s’enchaînent, « le degré de stress n’est pas significatif. En revanche, dans le groupe 2, l’exposition à l’explosion un jour après la première fait monter le niveau de peur ». Une observation confirmée par la mesure du taux sanguin de cortisol, hormone caractéristique du stress. Le volontaire a en mémoire l’anxiété de la veille, sent que la simple détonation va être suivie d’une explosion. Il a donc l’impression de revivre l’évènement qui l’a traumatisé.

En appréhendant mieux ces mécanismes, les chercheurs espèrent mettre « au point des traitements efficaces pour cibler cette fragilité et prévenir les forts épisodes d’anxiété ». Ces approches thérapeutiques devront être capables d’aider les personnes à distinguer le traumatisme passé de la représentation de ces souvenirs dans la vie de tous les jours, pour ne pas se laisser subjuguer par la peur et le poids des émotions passées.

*Dell Medical School at the University of Texas, Austin

Partager cet article