Travail : le bore-out ou l’ennui jusqu’à la souffrance

25 mai 2022

Le concept de bore out a été décrit au début des années 2000 par deux auteurs allemands, conseillers en organisation. Ce qui signifie, à l’image du burn out et du brown-out, qu’il concerne également la sphère professionnelle. Ici, point question de perte de sens mais d’ennui. A en souffrir.

Le bore out fait partie des risques psychosociaux liés au travail. L’expression provient du verbe anglais to bore, qui signifie s’ennuyer. « Etre en bore out, c’est être à bout par manque de travail, de motivation ou de défis professionnels », décrit le Dr François Baumann, médecin généraliste, dans son livre intitulé Le Bore out: Quand l’ennui au travail rend malade.

Il s’oppose ainsi au burn-out, qui peut être caractérisé par une surcharge de travail ou d’investissement professionnel. Mais dans les formes qu’il endosse, le bore out ne serait peut-être pas si éloigné. Le Dr Baumann parle aussi de « syndrome d’épuisement professionnel par l’ennui ». Et de développer : « c’est un trouble psychologique engendré par le manque de travail et l’ennui ». Et donc « par l’absence de satisfaction dans le cadre professionnel ».

Le placard…

Comme le décrit l’Institut national de Recherche et de Sécurité au travail (INRS), la souffrance issue du bore out semble particulièrement « subtile à décoder », car le plus souvent « mal assumée par le salarié ». D’autant plus dans une période de crise économique où l’emploi est ressenti comme une valeur rare. Quant à l’origine, elle apparait bien souvent multifactorielle. Trois éléments principaux ont été identifiés : un, l’organisation de la structure en lien par exemple avec la répartition de la charge de travail. Deux, le savoir-faire associé aux motivations du travailleur. N’est-il pas surdiplômé ou sur-formé par rapport au poste ? Et trois, en lien avec le précédent : son histoire individuelle, à travers notamment sa trajectoire professionnelle, son estime de soi et/ou un besoin prégnant de reconnaissance.

L’exemple le plus emblématique correspond bien sûr à la « mise au placard », résultat d’un changement organisationnel ou d’une affectation à un poste vidé de son contenu… « Ces situations ne doivent en aucun cas exister ou perdurer dans l’entreprise », somme l’INRS.

Des effets sur la santé

Et pour cause : si les études mettent en évidence une faible satisfaction au travail, une diminution de l’engagement et de la performance, les auteurs insistent aussi sur les conséquences sanitaires. Cardiovasculaires notamment, en association avec un stress chronique. Sans compter que la victime gaspille en quelque sorte ses ressources morales et cognitives à… ne rien faire. D’où une fatigue qui en résulte le plus souvent car le « contexte d’ennui et d’inutilité sociale épuise le salarié en détériorant sa santé physique et mentale », poursuit l’INRS. Jusqu’à « en être ébranlé dans ses repères et dans sa vie en général ».

  • Source : INRS, Références en santé au travail n°145 - INRS, Hygiène et sécurité du travail n°247 - Le Bore out: Quand l'ennui au travail rend malade, Dr François Baumann, Josette Lyon éditeur - Delbrouck, Michel, et al. « 12. Bore-out et burn-in », Comment traiter le burn-out. Principes de prise en charge du syndrome d'épuisement professionnel, sous la direction de Delbrouck Michel. De Boeck Supérieur, 2011, pp. 275-279.

  • Ecrit par : David Picot – Edité par : Emmanuel Ducreuzet

Aller à la barre d’outils