Un rein prélevé et greffé par voie vaginale

[19 août 2015 - 16h56] [mis à jour le 19 août 2015 à 17h31]

Le 9 juillet, deux chirurgiens du CHU de Toulouse ont prélevé et greffé un rein par voie vaginale. Une première mondiale qui présente de nombreux avantages pour les patientes. Explications du Dr Nicolas Dourmec, expert en chirurgie urologique robotique assistée au CHU Verneuil de Toulouse.

Effectuer une large incision abdominale chez la donneuse pour prélever un rein, et réitérer ce geste pour implanter l’organe chez la receveuse. Ainsi se pratique la greffe en chirurgie classique. Mais au CHU Verneuil de Toulouse, une femme a reçu le rein de sa sœur par un autre chemin.

Grâce à la vision 3D. L’organe a été extrait et réimplanté par voie vaginale, exclusivement à l’aide d’un robot chirurgical, le dispositif Da Vinci. Une première dans la mesure où la donneuse comme la receveuse ont toutes deux bénéficié de cette technique. Auparavant, seule la greffe – et non le prélèvement de l’organe – était ainsi réalisée.

Au cours de cette intervention, le médecin a pratiqué 5 fines incisions au fond de l’utérus. De 8 millimètres seulement, chacune d’entre elles a permis le passage des instruments. Chez la donneuse comme chez la receveuse, le chirurgien a manipulé à distance en visualisant l’organisme de la patiente dans un masque en 3 dimensions. « Les gestes sont très fins, les tissus cutanés ne subissent aucune agression », souligne le Dr Nicolas Dourmec, l’un des deux chirurgiens à l’initiative de cette intervention qui a duré environ 6 heures. « Sans aucune complication, la donneuse a pu rentrer chez elle 2 jours après l’intervention, 4 jours pour la receveuse ».

Des avantages multiples. Cette technique présente de nombreux bénéfices pour les patientes. « La taille de la cicatrice est diminuée, la douleur atténuée et le risque d’épanchement du liquide lymphatique réduit. Le temps d’hospitalisation et le suivi post-opératoire sont donc moins lourds. » Enfin, chez les femmes obèses, le prélèvement et la greffe robotisés par voie vaginale limiteront le risque de complications. Un plus étant donné que l’obésité constitue une contre-indication à la transplantation rénale classique.

En perspective. En 2014, le CHU de Toulouse a pratiqué 195 greffes rénales dont 63 prélèvements à partir d’un donneur vivant. « Dans les mois à venir, nous allons effectuer plusieurs interventions robotisées par voie vaginale pour étendre la pratique », précise le Dr Dourmec. Notons que seules les femmes âgées de moins de 45 ans ayant déjà eu des enfants peuvent bénéficier de cette technique. « L’utérus doit en effet être souple pour garantir la qualité de la greffe. »

A l’avenir, le pancréas pourrait aussi rejoindre la liste des organes prélevés et greffés par voie vaginale. Une avancée considérable, « mais contrairement au rein, cette transplantation serait uniquement réalisable à partir de donneurs décédés ».

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