Urgences : la thérapie de l’EMDR contre le stress des patients

[04 juin 2018 - 15h19] [mis à jour le 04 juin 2018 à 17h07]

Des chercheurs de l’Inserm viennent de prouver l’efficacité d’une séance de thérapie EMDR 6 heures après une prise en charge aux urgences. Une approche préventive limitant le risque de stress post-traumatique.

Chez un patient, un passage aux urgences peut générer des séquelles après la sortie de l’hôpital. Ainsi, quel que soit le motif de la prise en charge, « 1 personne sur 5 souffrira pendant plusieurs mois de symptômes comme des maux de tête, des difficultés à la concentration, d’irritabilité… ». Sur les 18 millions de patients admis aux urgences chaque année en France, un million d’entre eux en souffre. Comment limiter ces séquelles ? Des chercheurs de l’Inserm à Bordeaux* ont testé l’impact de l’EMDR (désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires).

1 heure d’EMDR…

Les 130 patients inclus dans l’étude étaient les plus à risque de développer des troubles post-commotionnels et syndromes de stress post-traumatique. Ils ont été sélectionnés à partir de « trois facteurs prédictifs : le fait d’avoir eu recours à des antidépresseurs, d’avoir eu une mauvaise santé au cours de l’année et le fait d’être une femme ».

Trois groupes ont été formés : le premier bénéficiant d’une séance d’EMDR de 60 minutes dans les 6 heures suivant le passage aux urgences, le deuxième d’un entretien de 15 minutes avec un psychologue et le troisième ne recevait aucune prise en charge psychologique.

Trois mois plus tard, chaque volontaire a été contacté par téléphone. Résultats, « dans les trois groupes les proportions de patients souffrant de syndrome post-commotionnel était respectivement de 15%, 47% et 65% », détaillent les scientifiques. Et « 3%, 16% et 19% concernant le stress post-traumatique ».

Comment ça marche ?

Lors de cette séance, il a été « demandé aux patients de porter attention aux éléments qui les placent dans un état de stress, et à leur ressenti physique, émotionnel et sensoriel ». En parallèle, un travail sur le mouvement des yeux est effectué. « Le thérapeute effectue des séries de stimulations bilatérales alternées, consistant en des mouvements oculaires (balayage horizontal ou vertical). » Quand « l’état du patient ne le permet pas, des tapotements alternés des genoux ou des épaules » sont proposés. Cette méthode « psychothérapeutique est l’une des deux thérapies recommandées par la Haute Autorité de Santé, l’OMS et l’Inserm dans la prise en charge du trouble stress post-traumatique ».

A noter : à l’échelle mondiale, cet essai contrôlé randomisé est le premier à prouver « qu’une séance d’EMDR brève et précoce peut se pratiquer aux urgences et qu’elle est potentiellement efficace », note Emmanuel Lagarde, directeur de recherche Inserm. Pour confirmer ces résultats, une étude de plus grande ampleur est menée depuis janvier 2018 aux CHU de Bordeaux et de Lyon, auprès de plus de 400 patients. Les résultats sont attendus pour la fin de l’année.

*Unité 1219 « Bordeaux Population Health Center », CHU de Bordeaux et le centre hospitalier de Cadillac

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