Vaccin universel : une réussite inattendue chez les souris !

23 février 2026

Des chercheurs ont mis au point un spray nasal capable de protéger la souris contre les virus respiratoires, les infections pulmonaires bactériennes et l’asthme allergique. Ce spray nasal doit faire l’objet d’un essai clinique de phase 1 pour tester son innocuité chez l’homme.

Un seul et unique vaccin efficace contre le Covid, les infections respiratoires bactériennes, l’asthme allergie… Deux doses à l’automne de spray nasal pour une protection tout l’hiver… Une utopie ? C’est ce qu’on pensait jusqu’à présent mais les résultats d’une étude menée par l’université de médecine de Stanford et publiée le 19 février dans la revue Science, semblent prouver le contraire.

L’équipe de chercheurs a travaillé non pas sur une famille de virus mais sur un vaccin universel, c’est-à-dire capable de lutter contre une grande diversité d’agents pathogènes. « Cette idée nous intéressait car elle paraissait un peu extravagante, a déclaré Bali Pulendran, PhD, professeur de microbiologie et d’immunologie, auteur principal de l’étude dans un communiqué de l’université de Stanford. Je pense que personne n’envisageait sérieusement qu’une telle chose soit un jour possible. »

L’universalité du système immunitaire inné au centre des attentions

Leur idée ? Ne pas chercher à imiter un agent pathogène mais se concentrer sur les signaux que les cellules immunitaires utilisent pour communiquer entre elles lors d’une infection. Et c’est sur le système immunitaire inné que les chercheurs ont focalisé leur attention. Pour rappel, « le système immunitaire adaptatif est le pilier des vaccins actuels. Il produit des agents spécialisés, comme les anticorps et les lymphocytes T, qui ciblent des agents pathogènes spécifiques et les mémorisent pendant des années », précise l’Université de Stanford. Quant au système immunitaire inné, il entre en action immédiatement après une nouvelle infection. Il agit quelques jours avant de céder la place au système immunitaire adaptatif.

L’immunité innée ne dure pas mais elle agit de manière quasi universelle grâce à des cellules généralistes, qui détruisent tout élément considéré comme pathogène. Plusieurs études ont déjà suggéré que l’immunité innée pouvait durer plus longtemps dans certaines circonstances, sans qu’on en comprenne toutefois le mécanisme.

La réponse immunitaire croisée induite par le vaccin contre la tuberculose

En 2023, les chercheurs de l’université de médecine de Stanford ont publié une étude sur des souris qui a permis de comprendre certains des échanges entre les deux systèmes immunitaires. Il leur avait administré le vaccin contre la tuberculose. Ils ont alors constaté que le vaccin activait les deux réponses immunitaires mais que la réponse immunitaire innée se maintenait plusieurs mois. Les scientifiques ont alors découvert que les lymphocytes T recrutés dans les poumons dans le cadre de la réponse immunitaire adaptative envoyaient des signaux aux cellules immunitaires innées pour les maintenir actives. Concrètement, les lymphocytes T en question étaient des cytokines. Ceux-ci envoient des signaux qui activent des récepteurs de détection des pathogènes, appelés récepteurs de type Toll, présents sur les cellules immunitaires innées. La réponse immunitaire innée durait alors plus de 3 mois. A partir de là, les chercheurs ont pu montrer que les souris restaient alors protégées contre le SARS-Cov-2 et d’autres infections à coronavirus après avoir été vaccinées contre la tuberculose.

« Dans cet article, nous avions émis l’hypothèse suivante : puisque nous comprenons désormais comment le vaccin antituberculeux exerce ses effets protecteurs croisés, il serait possible de créer un vaccin synthétique, peut-être un spray nasal, qui combinerait adéquatement des stimuli des récepteurs de type-Toll et un antigène pour attirer les lymphocytes T dans les poumons », poursuit Bali Pulendran. Ils ont alors mis au point ce vaccin expérimental qui imite les signaux des lymphocytes T et stimulent les cellules immunitaires innées des poumons. Celui-ci contient aussi un antigène inoffensif qui sert d’appât aux lymphocytes T dans les poumons et permet de maintenir la réponse immunitaire inné durant plusieurs semaines, voire plusieurs mois.

« Imaginez recevoir un spray nasal à l’automne qui vous protège de tous les virus respiratoires »

Pour l’étude, les souris ont reçu une à trois doses de vaccin, à une semaine d’intervalle. Elles ont ensuite été exposées à des virus respiratoires. Les rongeurs qui avaient reçu trois doses de vaccin étaient protégés contre le SARS-Cov-2 et d’autres coronavirus pendant au moins 3 mois. Les souris non-vaccinées ont perdu du poids et nombre d’entre elles sont mortes. A l’inverse aucun décès n’a été observé chez les souris vaccinées et leurs poumons étaient débarrassés du virus.

Concrètement, la réponse immunitaire innée prolongée réduit de près de 700 fois la charge virale dans les poumons. Les virus qui parviennent à franchir cette première barrière sont ensuite confrontés à l’immunité adaptative. Forts de leurs résultats avec les infections virales, les chercheurs ont testé les infections respiratoires bactériennes, notamment à Staphylococcus aureus et Acinetobacter baumannii. Puis des allergènes. A chaque fois, la réponse immunitaire s’est montrée efficace.

Le spray nasal doit maintenant passer les étapes des essais cliniques. « Imaginez recevoir un spray nasal à l’automne qui vous protège de tous les virus respiratoires, y compris la COVID-19, la grippe, le virus respiratoire syncytial et le rhume, ainsi que la pneumonie bactérienne et les allergies printanières. Cela révolutionnerait la pratique médicale », s’enthousiasme Bali Pulendran.

  • Source : Science, Université de Stanford

  • Ecrit par : Dorothée Duchemin – Edité par Emmanuel Ducreuzet

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