Dix ans de recul et seulement 14% de couverture vaccinale. Deux chiffres pour résumer la situation en matière de vaccination contre le cancer du col de l’utérus en France. Dix ans après la mise sur le marché du premier vaccin, moins d’une jeune fille sur cinq de 11 à 14 ans est effectivement protégée. Loin, très loin des taux enregistrés dans d’autres pays. Pourtant, les données scientifiques rassurantes ne manquent pas.

Proposée depuis 2006 en France, la vaccination anti-HPV cible les types de papillomavirus à l’origine de plus de 70% des cancers du col de l’utérus : les HPV 16 et 18. Elle est aujourd’hui introduite dans les calendriers vaccinaux de 18 pays européens dont la France. Dans au moins trois d’entre eux (Portugal, Royaume-Uni, Suède) ainsi qu’en Australie, le taux de couverture a atteint 80%. Et ceci grâce à la vaccination en milieu scolaire. En France, le programme de vaccination est « opportuniste », avec un taux de couverture de… 14% !

Gynécologue à Paris, le Dr Hélène Borne oscille entre exaspération et découragement. « Principalement depuis 1995 et la polémique sur la vaccination hépatite B, il existe dans notre pays, un lobby anti-vaccin très actif qui entretient la méfiance des parents ».

Plus de 60 millions de jeunes filles ont été vaccinées dans le monde. Les données en termes de tolérance et d’efficacité en vie réelle s’accumulent. Et la balance bénéfice risque reste favorable. En France, une étude portant sur plus de 2,2 millions de jeunes filles de 13 à 16 ans a montré que « la vaccination contre les infections à papillomavirus humains (HPV) n’entraîne pas d’augmentation du risque global de survenue de maladies auto-immunes ». Cette étude a détecté une probable augmentation après vaccination du risque de survenue du syndrome de Guillain-Barré, une maladie aigue rare du système nerveux. Mais ce risque demeure toutefois limité.

Une efficacité en vie réelle

Quant à l’efficacité en vie réelle, elle vient une nouvelle fois d’être mise en évidence dans une revue de la littérature scientifique incluant 58 publications. Avec notamment une réduction rapide des infections HPV, mais aussi une diminution de l’incidence des lésions pré-cancéreuses observée entre 3 et 5 ans après l’introduction des programmes de vaccination en Australie, Canada, Danemark, Suède et Etats-Unis.

« L’efficacité de la vaccination anti-HPV est directement liée à la forte couverture vaccinale », poursuit le Dr Borne. « Car la vaccination, en diminuant le nombre de personnes infectées entraîne un impact individuel mais surtout collectif. Dans les pays à forte couverture vaccinale, le vaccin quadrivalent a quasiment fait disparaître les verrues génitales, premier témoin d’une infection à HPV et le nombre de lésions de haut grade commence à diminuer chez les vaccinées. La diminution du nombre de cancers invasifs du col ne pourra se constater que plus tard puisqu’il faut 10 à 15 ans pour que se développe ce cancer invasif ».

Dernier point crucial : la vaccination, si efficace soit-elle ne doit pas nuire à la poursuite de la réalisation de frottis, à partir de 25 ans. « Tout simplement car les 2 vaccins ne protègent « que » contre les virus responsables de 70% à 80% des cas de cancer du col », conclut le Dr Borne. Et si vous avez une question, n’hésitez pas à interroger votre médecin ou gynécologue.

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