Variole du singe : quelle est cette nouvelle souche qui inquiète tant l’OMS ?

14 août 2024

Une nouvelle souche de Mpox se répand actuellement en Afrique. Plus contagieux, à l’origine de symptômes plus graves, cette nouvelle souche touche davantage les enfants. Face à la menace, la riposte s’organise.

L’OMS pourrait déclarer dès ce mercredi 14 août l’urgence de santé publique de portée internationale face à l’épidémie de Mpox (variole du singe) qui sévit en Afrique. L’Africa Centres for Disease Control and Prevention (Africa CDC) avait pris les devants, en déclarant mardi 13 août l’épidémie de Mpox urgence de santé publique continentale. Le plus haut niveau d’alerte de l’agence, jamais déclaré depuis sa création.

En juillet 2022, celle qu’on appelait encore la variole du singe avait été déclarée urgence de santé publique de portée internationale par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). En cause, la propagation « extraordinaire » du virus dans plus de 75 pays non endémiques (régions où la maladie n’existe pas en permanence), notamment de nombreux pays européens. Mais alors que le nombre de cas dans le monde diminuait largement dès 2023, l’épidémie s’est poursuivie en Afrique avec des chiffres vertigineux.

Une flambée des cas

Depuis le début de l’année 2022 et au 28 juillet 2024, un total de 37 583 cas et 1 451 décès (taux de létalité : 3,9 %) de mpox ont été signalés dans 15 États membres de l’Union africaine (UA) : Bénin, Burundi, Cameroun, République centrafricaine (RCA), Congo, République démocratique du Congo (RDC), Égypte, Ghana, Libéria, Maroc, Mozambique, Nigéria, Rwanda, Soudan et Afrique du Sud.

Rien qu’en 2024, selon l’Agence africaine de surveillance et prévention des maladies, un total de 14 250 cas (2 745 confirmés ; 11 505 suspects) et 456 décès (taux de létalité : 3,2 %) de mpox ont été signalés. Cela représente une augmentation de 160 % et 19 % du nombre de cas et de décès respectivement en 2024 par rapport à la même période en 2023. La RDC représente 96,3 % de tous les cas et 97 % de tous les décès signalés cette année. Ces chiffres seraient largement sous-estimés, la surveillance et le dépistage étant insuffisants dans de nombreuses régions du continent africain.

Une nouvelle souche qui inquiète

L’apparition d’une nouvelle souche inquiète tout particulièrement les autorités sanitaires africaines et internationales. Il existe deux types de virus Mpox, le clade I et le clade II. Ce dernier était à l’origine de l’épidémie mondiale de 2022 avec une transmission par contact sexuel et qui a principalement touché les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes. Le nombre de cas était très important mais le taux de mortalité assez faible.

La nouvelle lignée, nommée Clade Ib par les chercheurs, a été identifiée en 2023 dans le Sud-Kivu (République démocratique du Congo). Cette souche a depuis été identifiée au Kenya, en Ouganda, au Rwanda et au Burundi. « Cette souche est responsable d’une maladie plus grave », expliquait le 8 août dans un message vidéo le directeur général de l’OMS le Dr. Tedros Adhanom Ghebreyesus.

Des symptômes plus graves

Une transmission sexuelle de cette nouvelle souche a bien été observée, mais elle se transmet aussi par contact non-sexuel. Le virus semble se propager plus rapidement et causer des symptômes plus graves. « Nous observons avec cette nouvelle souche des éruptions cutanées généralisées sur tout le corps, en plus de lésions génitales dans certains cas. Les symptômes ont tendance à durer plus longtemps. Les cas graves montrent une mortalité de 5 % chez les adultes et de 10 % chez les enfants », notait auprès de Gavi.org (organisation internationale visant à améliorer l’accès aux vaccins pour les enfants des pays les plus pauvres) Trudi Lang, co-autrice de l’étude qui a permis d’identifier le clade Ib. « En outre, les femmes infectées pendant la grossesse perdent leur, ce qui ajoute à la gravité de la situation ».

« En plus de l’éruption cutanée, nous observons divers effets secondaires liés à l’infection. Certains patients, même après leur guérison, continuent de se plaindre de problèmes oculaires, cutanés ou génitaux. Nous avons donc lancé un projet pour étudier les effets à long terme de cette infection », a complété Leandre Murhula Masirika, qui a également participé à l’étude.

Les enfants, population la plus touchée

Dans cette nouvelle épidémie, les enfants sont les plus touchés avec un taux de mortalité bien plus élevé que chez les adultes. Selon les données de l’OMS, en RDC, « en 2024, les enfants représentent la tranche d’âge la plus touchée (par la maladie). Sur les 7 851 cas de mpox signalés, 39 % concernaient des enfants de moins de 5 ans dont 240 décès (62 % du total) ».

Les nourrissons de moins de 1 an représentaient 11 % des cas et les enfants de moins de 15 ans 56 % des cas.

Actuellement, deux vaccins sont recommandés contre le Mpox mais l’OMS a déclenché le processus d’autorisation d’urgence. Elle demande aux fabricants de soumettre des données sur l’efficacité et la sécurité de leur vaccin afin de les autoriser, le cas échéant, le plus rapidement possible.

  • Source : OMS, Gavi.org, Nature medecine, eurosurveillance.org, Twitter, Africa CDC, Institut Pasteur

  • Ecrit par : Dorothée Duchemin - Edité par Vincent Roche

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