VIH/SIDA : des patients éloignés des soins ?

[25 mars 2016 - 14h58] [mis à jour le 25 mars 2016 à 18h31]

En France, seuls 52% des séropositifs bénéficient d’une prise en charge adaptée. Et 10 000 patients contaminés par le virus du SIDA ne bénéficient d’aucun suivi. Quels obstacles font encore barrière aux soins presque 35 ans après les premiers signes de l’épidémie ?

Malgré les progrès contre le VIH/SIDA, le dépistage du virus et le suivi des patients présentent encore de nombreuses failles en France. Au total, 20% des patients contaminés ne sont pas diagnostiqués. Parmi les 150 000 séropositifs au VIH, 10 000 ne sont pas intégrés dans le système de soins. Autre donnée, sur 111 000 malades pris en charge, 20 000 bénéficieront d’un suivi de 6 mois seulement.

Pour comprendre ce phénomène, le laboratoire Janssen a mené une enquête*. Un manque de coordination entre les soins de ville de l’hôpital en ressort. « Près de trois quarts des spécialistes ne sont pas informés du parcours de soins de leurs patients en ville. Et près de huit pharmaciens sur dix n’ont aucun contact avec le milieu hospitalier ».

Cette situation est liée à « de nombreux problèmes techniques notamment de sécurisation des données, d’hébergement et de partage », précisent les auteurs de l’enquête. Mais aussi de manque d’organisation entre les spécialités.

Pharmacie, une prévention en panne ?

Au cours de l’enquête, chacun des professionnels a évalué sur une échelle de 1 à 5 la qualité des différentes étapes du parcours de soins : dépistage, prise en charge, mise sous traitement, suivi. Celle du « dépistage est la moins bien notée avec une moyenne de 2,8 ». Face à cette carence, les professionnels interrogés dans l’enquête entendent redoubler d’effort.

Mais 90% des pharmaciens d’officine se disent « peu à l’aise vis-à-vis de la vente d’autotests en officine et n’engagent pas d’actions de dépistage à leur niveau ». Le manque de formation à l’annonce de la maladie est mis en cause. « Cette étape est difficile (…). Après l’annonce d’un diagnostic à la première consultation, le patient n’est pas réceptif à une grande quantité d’informations », explique Patricia Enel, président du Corevih Paca Ouest & Corse. « L’appréhension des pharmaciens est de savoir quoi dire à un patient qui revient avec un autotest positif ». Trop de professionnels d’officine « sont peu informés des traitements actuels, de la stabilisation de l’infection, de l’intérêt majeur du dépistage et voient souvent la pathologie à travers d’anciens schémas ».

*Etude réalisée par questionnaires distribués auprès de 134 médecins spécialistes du VIH, 10 médecins généralistes, 12 pharmaciens hospitaliers, 83 pharmaciens d’officine et 35 patients entre le 10 mai et le 10 juillet 2015.

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