Pollution de l’air : quels impacts sur le développement du fœtus ?

07 mai 2024

Une équipe de chercheurs de l’Inserm s’est intéressée à l’influence de la pollution de l’air sur les gènes placentaires. Plus les mères y sont exposées, plus cette pollution a des répercussions sur les gènes impliqués par exemple dans le développement du système immunitaire, du système nerveux ou encore de l’intellect.

La pollution de l’air a-t-elle un impact sur le développement du fœtus ? Celle-ci est soupçonnée, rappelle l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), d’être à l’origine de pathologies cardio-métaboliques, respiratoires ou encore neuropsychologiques chez l’enfant à naître. Mais selon quels mécanismes ? C’est ce qu’a voulu comprendre une équipe de l’Inserm qui publie ses travaux dans la revue The Lancet planetary health.

Elle s’est tout particulièrement intéressée au placenta, largement impliqué dans le développement du fœtus. « Particulièrement vulnérable à de nombreux composés chimiques, il peut être assimilé à une ‘archive’ témoignant de l’environnement prénatal de l’enfant : les modifications épigénétiques (modification des gènes sans modification de l’ADN, ndlr) survenant dans ses cellules reflètent en partie les expositions environnementales de la mère au cours de la grossesse », précise l’Inserm dans un communiqué du 7 mai. Pour apprécier ces modifications, on mesure le niveau de méthylation de l’ADN placentaire : il s’agit de modifications chimiques qui interviennent dans le contrôle et l’expression des gènes.

Conséquences sur le développement de l’enfant à naître

L’équipe scientifique (Inserm, CNRS, Université Grenoble Alpes) a mesuré sur trois cohortes mères-enfants, l’impact de trois polluants présents dans l’air, le dioxyde d’azote (NO2) et les particules fines (PM2,5 et PM10) sur la méthylation de l’ADN. L’exposition à ces trois polluants et les niveaux de méthylation ont pu être comparés pendant la grossesse de 1 500 participantes. « Les résultats montrent un impact significatif de l’exposition aux trois polluants aériens sur les niveaux de méthylation de l’ADN placentaire concernant des gènes impliqués dans le développement fœtal », rapporte l’Inserm.

Résultat : ces trois polluants jouent un rôle sur les niveaux de méthylation des gênes, dont un tiers concernait le développement de l’enfant (poids, taille de l’enfant à la naissance, durée de la grossesse, périmètre crânien…). D’autres modifications ont été observées concernant des gênes impliqués dans le développement des systèmes nerveux, immunitaire et le métabolisme – diabète néonatal et obésité notamment.

Des gènes concernés en fonction du sexe

Les scientifiques ont également pu mettre en lumière les moments de la grossesse lors desquels l’exposition aux polluants avait le plus d’influence sur le développement du fœtus : le premier trimestre pour les garçons et le troisième pour les filles. Chez les garçons, les altérations de la méthylation étaient « critiques » sur les gènes impliqués dans le système nerveux et l’intellect.

Chez les filles, les gènes concernés étaient impliqués dans le développement fœtal et la régulation du stress oxydatif. Ces résultats pourraient « ainsi être associés à des défauts de développement susceptibles d’augmenter les risques de développer des maladies chroniques métaboliques (hypertension, diabète, obésité…) plus tard dans la vie, mais aussi à la survenue de fausses couches ou de pré-éclampsies chez la mère », résume l’Inserm.

Grande vulnérabilité des enfants de sexe masculin

Pour Lucile Broséus, première autrice de la publication, « ces observations viennent appuyer les études de plus en plus nombreuses à associer l’exposition à la pollution de l’air pendant la grossesse et une atteinte du neurodéveloppement et/ou une réduction des capacités cognitives, avec une plus grande vulnérabilité des enfants de sexe masculin ».

« De prochaines études pourront investiguer si les changements épigénétiques placentaires causés par l’exposition à la pollution de l’air pendant la grossesse persistent après l’accouchement et comment ils pourraient influencer le développement durant l’enfance », complète Johanna Lepeule, responsable d’équipe.

  • Source : Inserm

  • Ecrit par : Dorothée Duchemin – Edité par Emmanuel Ducreuzet

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