Quand les antibios perturbent l’efficacité de l’immunothérapie

[08 novembre 2017 - 10h13] [mis à jour le 08 novembre 2017 à 10h14]

Selon des scientifiques français, la prise d’antibiotiques pourrait perturber l’efficacité d’une immunothérapie anti-cancéreuse. Or environ un patient sur cinq souffrant d’un cancer suit une antibiothérapie. La solution à ce problème pourrait se trouver dans notre microbiote.

Véritable révolution thérapeutique, l’immunothérapie est aujourd’hui indiquée dans la prise en charge du mélanome métastatique, du cancer du poumon, du rein ou encore de la vessie. Cependant son efficacité reste limitée à un certains malades. « Nos travaux expliquent en partie pourquoi certains malades ne répondent pas », indiquent le Pr Laurence Zitvogel et le Dr Bertrand Routy*. « La prise d’antibiotiques a un impact négatif sur la survie des malades sous immunothérapies. La composition du microbiote est un facteur prédictif de réussite » résument les scientifiques.

Un microbiote favorable

Au cours d’un premier essai, 249 patients étaient traités par immunothérapie. Parmi eux, 28% avaient pris des antibiotiques à cause d’une infection dentaire, urinaire ou pulmonaire. Les résultats de l’étude démontrent qu’en créant un déséquilibre du microbiote intestinal, la prise d’antibiotiques deux mois avant et jusqu’à un mois après le début du traitement a un impact négatif. Et ceci aussi bien sur la survie sans progression de la maladie que sur la survie globale des patients.

Dans un second temps, la composition précise du microbiote intestinal a été établie avant, puis pendant le traitement sous immunothérapie chez 153 patients atteints d’un cancer du poumon ou du rein. Une composition favorable, enrichie en Akkermansia muciniphila, a été identifiée chez les patients répondant le mieux à l’immunothérapie et chez ceux dont la maladie était stabilisée pendant au moins 3 mois.

Vers de nouveaux marqueurs prédictifs

Pour prouver un lien direct de cause à effet entre la composition du microbiote intestinal et l’efficacité de l’immunothérapie, les chercheurs se sont appuyés sur des rongeurs. Ils leur ont en effet transféré, soit un microbiote favorable, soit un microbiote défavorable. Les souris transplantées du premier groupe présentaient une évolution bien meilleure de leur cancer que celles du second groupe. Chez ces dernières, l’administration d’Akkermansia muciniphila a permis de restaurer l’efficacité de l’immunothérapie.

Suite à ces résultats, d’autres travaux devraient permettre de développer de nouveaux marqueurs prédictifs de la réponse thérapeutique aux immunothérapies. Ils devraient concerner des patients porteurs de cancers bronchiques, à partir de l’étude de leur microbiote.

*Respectivement directrice du laboratoire « Immunologie des tumeurs et immunothérapie » et médecin hématologue (Inserm/Université Paris-Sud/Gustave Roussy).

Partager cet article