Au Pérou, un cancer du foie bien mystérieux

[04 septembre 2013 - 11h19] [mis à jour le 19 décembre 2013 à 14h58]

Vallée du Rio Urubamba à Pisac au sud du Pérou ©IRD-Guyo-Jean-Loup

Le cancer du foie affecte principalement des hommes de plus de 40 ans. Une équipe de l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD) vient toutefois de mettre en évidence  une forme spécifique de cette maladie. Elle frappe des sujets anormalement jeunes, voire des enfants qui ne présentent pourtant aucun facteur de risque. Les scientifiques montrent que tous les patients en question sont originaires de la même région, dans les Andes péruviennes. Explications.

Des chercheurs franco-péruviens ont mené une analyse statistique des cas cliniques de cancers du foie au Pérou. Leurs résultats sont inattendus : 50% des individus touchés ne correspondent pas du tout au profil des personnes à risque. « Il s’agit de jeunes gens, d’un âge moyen de 25 ans, pour certains même des enfants, qui ne présentent pour la plupart ni hépatites virales B ou C, ni cirrhose », souligne l’IRD dans un communiqué.

Singularité supplémentaire, les tumeurs d’une grande majorité de patients étaient particulièrement volumineuses atteignant parfois plus de 10 cm de diamètre.  Autre constatation troublante, ces jeunes malades viennent de la partie andine du pays. Les chercheurs ont délimité un foyer dans la région d’Apurimac, au sud-est.

Un nouvel agent infectieux ?

Pour l’heure, l’origine de cette affection n’a pas été identifiée. « Une telle circonscription géographique traduirait une cause liée à l’environnement des personnes affectées », suggère l’IRD. « Les premières analyses semblent éliminer une possible origine alimentaire ».

Les scientifiques suivent également la piste d’une consommation de produits locaux contenant des mycotoxines, substances produites par des champignons et connues comme l’un des facteurs de risque du cancer du foie ». Celle d’une intoxication du fait de la contamination des sols et des eaux par les polluants issus des activités humaines reste à explorer. Enfin ils envisagent encore  l’éventualité d’un agent infectieux qui serait à ce jour non identifié.

Le nombre de cas de cancer du foie a doublé à travers le monde au cours des deux dernières décennies. En cause la progression des virus hépatiques, notamment en Afrique de l’Ouest et en Asie du Sud-Est, où ils sont hautement endémiques. « La maladie, aussi appelée hépatocarcinome ou carcinome hépatocellulaire (CHC), provoque aujourd’hui près de 700 000 décès par an », indique l’IRD.

Ecrit par : Emmanuel Ducreuzet – Edité par : David Picot

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