Cancer du sein après un accouchement : pourquoi est-il plus à risque de métastases ?

18 février 2026

Une étude préclinique de l’Institut Pasteur révèle le double visage de la sénescence cellulaire après l’accouchement : essentielle à la reconstruction du tissu mammaire, elle pourrait aussi favoriser la dissémination de cellules tumorales durant cette période particulièrement cruciale.

Les cancers du sein post-partum sont diagnostiqués entre 5 à 10 ans après un accouchement. Ces cancers présentent un risque de métastases plus élevé. En outre, la survie des patientes est plus faible que dans les cancers du sein diagnostiqués chez les femmes qui n’ont jamais été enceintes ou dont la tumeur est apparue durant la grossesse. Par ailleurs, les risques augmentent en même temps que l’âge de la mère. Une équipe de l’Institut Pasteur a voulu comprendre les mécanismes impliqués dans la formation de ces tumeurs à ce moment critique pour les femmes.

Pourquoi les années qui suivent une grossesse sont-elles plus à risque de cancer du sein ?

Après une grossesse et un allaitement, la glande mammaire subit un long processus pour revenir à son état initial. Ce processus est appelé involution post-partum. « Il implique l’élimination de millions de cellules épithéliales alvéolaires, le recrutement de cellules immunitaires, le remodelage de la matrice extracellulaire, et la repopulation par des cellules adipeuses », précise l’Institut Pasteur dans un communiqué. Durant cette période, l’involution crée une inflammation qui augmente significativement le risque de cancer du sein.

En étudiant les glandes mammaires des souris au cours de l’involution, l’unité Plasticité cellulaire dans les pathologies liées à l’âge à l’Institut Pasteur, dirigée par Han Li, a observé la présence de cellules sénescentes – la sénescence est une réponse cellulaire qui entraîne un arrêt stable du cycle des cellules. Et la grande majorité d’entre elles étaient des cellules productrices de lait. Après avoir administré aux souris un traitement pharmacologique capable de tuer spécifiquement les cellules sénescentes, les scientifiques ont observé que celles-ci jouaient un rôle crucial dans l’involution. « En effet, en absence de sénescence, le remodelage tissulaire et la repopulation adipeuse sont retardés », note l’Inserm.

La sénescence, un acteur clé du remodelage cellulaire complet

Ces travaux, publiés le mercredi 18 févier dans la revue Nature Aging, ont aussi montré que ces mêmes cellules sont capables de recruter activement des cellules immunitaires appelées macrophages grâce à des molécules qu’elles sécrètent. De cette façon, ce sont elles qui orchestrent le remodelage du microenvironnement. « Ces résultats montrent que la sénescence n’est pas simplement un épiphénomène, mais un acteur clé du remodelage tissulaire complet de la glande mammaire lors de l’involution – une reconstruction remarquable sans cicatrice ou un dommage durable », souligne Aurélie Chiche, première auteure de l’étude, chercheuse au sein de l’unité Plasticité cellulaire dans les pathologies liées à l’âge.

La sénescence favorise la dissémination des cellules tumorales

Si la sénescence est bénéfique pour la reconstruction tissulaire du sein, elle peut aussi permettre la formation de tumeurs. En effet, « les scientifiques ont montré que les cellules sénescentes renforcent la plasticité des cellules tumorales via les facteurs qu’elles sécrètent. Ces cellules s’adaptent plus facilement à des changements dans leur environnement, ce qui leur permet de survivre et de se propager dans l’organisme », note l’Institut Pasteur. L’Inserm expliquait au sujet de ces cellules sénescentes en 2020 : « il s’agit de cellules incapables de se diviser, ayant perdu leur fonction, mais pouvant induire une inflammation et la production de résidus oxydés toxiques pour l’organisme ». 

Chez les souris atteintes d’un cancer du sein, le traitement visant à éliminer les cellules sénescentes a retardé l’apparition des tumeurs et réduit la formation de métastases. « Nos résultats suggèrent qu’une intervention ciblée visant à modifier les cellules sénescentes pendant l’involution de la glande mammaire pourrait réduire le risque de cancer du sein post-partum », conclut Han Li, principale autrice de l’étude. Via de futures recherches sur des tissus humains, les scientifiques espèrent mieux comprendre ces mécanismes afin de les exploiter pour prévenir le cancer du sein post-partum.

  • Source : Institut Pasteur

  • Ecrit par : Dorothée Duchemin – Edité par Emmanuel Ducreuzet

Destination Santé
Résumé de la politique de confidentialité

Ce site utilise des cookies afin que nous puissions vous offrir la meilleure expérience utilisateur possible. Les informations sur les cookies sont stockées dans votre navigateur et remplissent des fonctions telles que vous reconnaître lorsque vous revenez sur notre site Web et aider notre équipe à comprendre quelles sections du site Web vous trouvez les plus intéressantes et utiles.

Plus d'informations sur notre politique de cookies sur nos CGU.

Aller à la barre d’outils