Vendredi 10 octobre, Marisol Touraine, ministre en charge de la Santé, a annoncé le renforcement du dispositif de prise en charge des infections à virus Ebola sur le territoire national. Aucun cas n’est actuellement recensé en France. Si le risque de propagation dans l’Hexagone est faible, l’isolement des malades doit toutefois se faire dès l’apparition des premiers symptômes. Explications.

Avec le dispositif détaillé par la ministre ce vendredi, la France semble prête à prendre en charge les malades éventuels et à endiguer toute propagation. En théorie, « on est capable de donner des réponses plutôt bien adaptées en fonction des pathogènes », estime ainsi le Pr Bruno Lina, virologue à Lyon. C’est d’ailleurs normalement le cas de tous les pays disposant d’infrastructures et de personnels de santé suffisants, contrairement aux pays d’Afrique de l’Ouest touchés par l’épidémie. Or les Etats-Unis ont, eux, « totalement raté la prise en charge du patient libérien décédé au Texas », souligne-t-il.

« Alors qu’il s’était présenté aux urgences à un stade précoce de la maladie, le patient – décédé depuis – a été renvoyé chez lui », rappelle le virologue. « Sept jours se sont écoulés avant qu’il ne soit enfin isolé. Ce qui fait qu’il a eu tout ce temps pour contaminer d’autres personnes. » Et plus les jours passaient, plus il devenait contagieux. En effet, « la charge virale, très faible au départ, augmente à mesure que se font sentir les symptômes. » De plus, le virus se transmettant par les fluides corporels (sang, sperme, salive, sueur, urine, selles, vomi), le risque est accru avec l’apparition de manifestations comme les vomissements, la diarrhée et les hémorragies.

Un scénario similaire en France ?

Si un malade était ainsi pris en charge tardivement en France, comment s’effectuerait le traçage des personnes ayant été en contact avec lui ? « Une enquête épidémiologique de terrain serait alors menée par l’InVS », explique Bruno Lina. « Objectif, récupérer toutes les informations auprès du malade, indiquant ce qu’il a fait, et qui est entré en contact direct avec lui. » Pour autant, « il n’est pas question d’hospitaliser toutes ces personnes », poursuit-il.

Celles-ci « devraient prendre leur température trois fois par jour et surveiller l’apparition des premiers symptômes. Un agent de l’InVS les appellerait également quotidiennement. » Ainsi, dès les premiers signes de la maladie – si elle se déclarait, – le patient pourrait être isolé et soigné. A ce stade donc, le risque de contamination d’autres individus est très faible.

Des soignants très exposés

Le vrai danger de contamination concerne les soignants. « Les malades placés en chambre isolée sont, eux, très contagieux, avec une charge virale importante », insiste le Pr Lina. Pour les médecins, infirmiers et aide-soignants qui leur prodiguent les soins, la pression est importante. Ils doivent porter une sorte de scaphandre intégral pour soigner le malade. Chaleur, fatigue et pression font que leur travail est particulièrement éprouvant.

Et au sortir de la chambre, le déshabillage est un moment critique. Ainsi, « dans le cas de l’infirmière espagnole  infectée par le virus, c’est apparemment à ce stade que s’est produit la transmission », rapporte Bruno Lina. Elle aurait en effet touché son visage avec un gant souillé de sang. C’est pourquoi, « il ne faut pas jeter la pierre à ces professionnels », estime-t-il. Mais pour éviter ces erreurs aux conséquences potentiellement graves, « ceux qui s’occupent des malades doivent être très bien formés à ces protocoles », conclut-il.

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