Chirurgie : des tumeurs projetées en 3D

[28 septembre 2016 - 16h27] [mis à jour le 29 septembre 2016 à 14h21]

Pendant une intervention, certains chirurgiens sont équipés d’un dispositif leur permettant de visualiser en temps réel une tumeur en 3D. Appelée réalité augmentée, cette technique fait ses premiers pas en France. Une thématique abordée à l’occasion du 118e Congrès français de Chirurgie organisé du 28 au 30 septembre à Paris. Les précisions du Pr Patrick Pessaux, chirurgien hépato-bilio-pancréatique au CHU de Strasbourg.

Depuis 3 ans, 150 patients opérés en chirurgie digestive ont pu bénéficier de la réalité augmentée en France. Au carrefour des nouvelles technologies et des sciences, cette technique permet d’intégrer des images virtuelles sur une vidéo réelle. Cette science-fiction devenue réalité se programme en plusieurs étapes : une IRM par scanner de la région à opérer (organe, tumeur…), l’impression de ce site en 3D avant l’opération puis la modélisation sur ordinateur.

« A partir des images en 3D, le chirurgien peut observer tous les détails de la masse tumorale avant l’opération », explique le Pr Pessaux, premier chirurgien à avoir opéré une tumeur du foie et une vésicule biliaire en expérimentant la réalité augmentée. Ce principe donne l’occasion aux praticiens de s’entraîner sur la tumeur 3D en amont de l’intervention. Ces simulations permettent en effet à tout chirurgien de s’aguerrir des techniques. Un avantage pour les débutants comme pour les expérimentés « étant donné la diversité des profils tumoraux ».

Le virtuel sur le réel

Pendant l’intervention, « le patient devient virtuellement transparent afin que le chirurgien puisse localiser les vaisseaux et les tumeurs qu’il pouvait auparavant percevoir uniquement par le toucher ». La zone en relief se superpose alors à l’image en 2D sur l’écran du contrôle de chirurgien ». Comme un parfait copier-coller de la réalité, quasiment un clone numérique, la tumeur virtuelle se superpose au foie visible sur l’écran, à l’emplacement précis de la tumeur réelle. A la manière d’un GPS, la réalité augmentée guide les gestes du chirurgien qui dispose alors de repères très précis sur la localisation et la taille de la tumeur. Mais attention, « en aucun cas la 3D ne se substitue à la pratique du professionnel. La réalité augmentée ne fait qu’assister le praticien en temps réel pour affiner son geste ».

Dans un futur proche…

Pionnière en la matière, la chirurgie digestive n’est pas la seule à bénéficier de cette technique. Les opérations du cou (thyroïde) sont aussi intégrées dans les phases d’expérimentation. Jusqu’ici des prototypes de réalité augmentée étaient testés pour les seuls organes non déformables. L’application pour des organes déformables comme le foie et les reins est encore très récente. Actuellement, le Pr Pessaux travaille à l’élaboration des protocoles médicaux et technologiques pour la réalisation et la reproduction de ces opérations. Objectif, étendre la pratique de cette innovation. Les enjeux ne sont pas anodins. Dans le monde opératoire du futur, la réalité augmentée figure en effet parmi les supports technologiques utilisés pour diminuer les complications post-opératoires et donc le temps d’hospitalisation.

Cet article est aussi disponible en Anglais

Partager cet article