« A priori, le cœur n’est pas en cause dans le décès ». Quelques heures après l’annonce de la mort du patient ayant bénéficié de la première implantation du cœur artificiel total Carmat, le Pr Daniel Duveau (CHU de Nantes) – l’un des auteurs de cette intervention – fait le point sur cette disparition. Quelles en sont les causes ? Le protocole se poursuit-il ? Réponses.

Des communiqués (trop) rassurants ? Dans son communiqué de presse rendu public lundi soir, l’Hôpital européen Georges-Pompidou (AP-HP) ne s’étale pas sur les causes du décès. La communication autour de ce cœur Carmat – société cotée en Bourse – est très pesée. Ces causes « ne pourront être connues qu’après l’analyse approfondie des nombreuses données médicales et techniques enregistrées », explique l’AP-HP…Chirurgien thoracique et cardiovasculaire au CHU de Nantes, le Pr Daniel Duveau est l’un des deux médecins avec le Pr Christian Latremouille (hôpital européen Georges Pompidou) auteurs de cette première implantation d’un cœur artificiel total chez l’Homme. C’était le 18 décembre 2013.

Des problèmes respiratoires… Alors que les précédents communiqués de l’AP-HP faisaient état d’un « patient en bonne santé » (30 décembre 2013), d’une « évolution satisfaisante » (18 février 2014), le Pr Duveau nous explique ce mardi matin, que « c’est quand même quelque chose auquel on s’attendait. Les suites avaient été difficiles. Cette disparition nous attriste mais ne constitue pas une surprise ». Il rappelle à juste titre que « ce patient était extrêmement malade. Nous n’envisagions pas qu’il survive 2 ou 3 ans ».

Ces derniers temps, il « a souffert de difficultés sur le plan respiratoire. Je pense que tout cela a malheureusement abouti au décès ». Un constat qui signifie qu’à priori, il n’apparait pas lié à un dysfonctionnement du cœur artificiel.

Un protocole qui se poursuit. La mort de ce malade ne remet pas en cause la suite de ce travail français. Le Pr Duveau insiste : « Nous restons dans le même schéma. Nous sommes dans un protocole d’évaluation, un peu comme un cancérologue qui teste de nouvelles molécules. Lesquelles améliorent le cas échéant, la survie de quelques semaines ».

A mesure que ce travail avance, « nous en tirons des enseignements pour améliorer les choses, et bénéficier des validations nécessaires pour élargir l’essai. Et ce, en nous appuyant sur des données qui font état des survies appréciables, avec de bons résultats en termes de qualité de vie etc. Afin qu’au final, ce dispositif devienne un outil thérapeutique. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui ».

Des malades en échec thérapeutique. Cette étude de faisabilité et de fiabilité doit concerner trois autres patients : des insuffisants cardiaques terminaux en échec thérapeutique, dont l’espérance de vie est inférieure à un an. « Voire le plus souvent à quelques semaines », nous précisait le Pr Duveau il y a quelques mois. Et pour cause, les patients en question présentent une défaillance irréversible des deux ventricules.

Les interventions devraient se dérouler dans trois centres hospitaliers : l’Hôpital Européen Georges Pompidou à Paris où devrait également se dérouler la deuxième intervention. Mais aussi le Centre Chirurgical Marie Lannelongue du Plessis-Robinson (92) et l’hôpital Laënnec-Nord du CHU de Nantes.

Ecrit par David Picot – Edité par : Emmanuel Ducreuzet

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