L’efficacité de l’aluminium comme adjuvant dans les vaccins, est avérée de très longue date. Mais depuis près de 20 ans maintenant, son innocuité est mise en cause. Certains chercheurs réputés sérieux, l’accusent de provoquer des douleurs articulaires et musculaires, de la fatigue et parfois, des troubles cognitifs. D’autres scientifiques s’inquiètent que des préoccupations non fondées puissent conduire à la résurgence de maladies contre lesquelles ces vaccins nous protègent. Les pouvoirs publics soutiennent la recherche sur ce point, le bien-fondé de ce soutien faisant lui-même débat…

Le Pr Romain Gherardi (CHU Henri Mondor à Créteil), est chercheur à l’INSERM. C’est lui qui dirige la recherche sur l’impact de l’aluminium utilisé dans 85% des vaccins. C’est un scientifique reconnu et… « c’est bien là le problème », affirme le Pr Pierre Bégué, pédiatre, spécialiste de la vaccination et membre de l’Académie nationale de médecine. Avec d’autres, Romain Gherardi affirme que les adjuvants aluminiques sont non seulement à l’origine de la présence persistante d’aluminium dans la zone d’injection, mais aussi de nombreux signes cliniques associés. En 1998, il a décrit pour la première fois dans le Lancet ce qu’il présente comme une myofasciite à macrophages ou MFM

Celle-ci est caractérisée par une lésion inflammatoire localisée au seul point d’injection, avec présence d’aluminium. Dans un rapport de juillet 2013, le Haut Conseil de la santé publique (HCSP est convenu qu’il s’agit bien d’« une entité non discutable pour laquelle l’association avec l’aluminium utilisé comme adjuvant dans les vaccins est reconnue ». L’aluminium utilisé comme adjuvant, se déposerait au site d’injection et provoquerait ainsi « une sorte de tatouage vaccinal », peut-on lire dans ce rapport. Si la lésion persiste, on peut alors parler de MFM. Il est possible que certains patients soient incapables d’éliminer cet aluminium de leur organisme en raison de prédispositions génétiques. « Mais ces cas rarissimes doivent être mis en perspective avec les millions de vaccinations effectuées depuis les années 20 dans le monde. Et les millions de vies qu’elles ont permis de sauver », insiste Pierre Bégué.

Des liens non avérés

Par ailleurs, le lien entre ce phénomène et un syndrome associant fatigue chronique, douleurs musculaires et articulaires n’a pas été démontré. Des rapports établis par l’Académie nationale de médecine en 2012, puis par le HCSP en 2013, vont dans le même sens que l’Agence française de Sécurité du médicament et des Produits de santé (AFSSaPS) en 2004. A cette époque en effet l’agence, qui est devenue depuis l’ANSM, affirmait qu’il n’avait pas été possible « de conclure à une association entre la lésion (de MFM, n.d.l.r.) et l’existence d’un syndrome clinique spécifique. »

En 2009, l’équipe du Pr Gherardi, ayant poursuivi ses travaux, faisait état de troubles cognitifs chez des patients présentant une MFM. « Une étude conduite sur la souris a montré qu’une partie de l’aluminium injecté dans les muscles se retrouve dans le tissu cérébral. Mais en quantités infinitésimales », précise Pierre Bégué. Le lien avec des troubles cognitifs n’est là encore pas démontré.

Des financements publics

Pour autant, malgré ces observations répétées, les autorités sanitaires admettent la nécessité de poursuivre des recherches. Ainsi l’Agence nationale de Sécurité des médicaments et Produits de Santé (ANSM) a-t-elle décidé en 2013, de participer au financement des recherches du Pr Gherardi. « Afin d’améliorer les connaissances sur le sujet et d’évaluer la toxicité des adjuvants aluminiques de certains vaccins, une convention portant sur une étude relative à la biopersistance et la neuromigration des adjuvants aluminiques des vaccins a été élaborée entre l’INSERM et l’ANSM », indique l’agence. Celle-ci soutient donc l’étude à hauteur de « 150 000 euros dans le cadre d’une procédure de financement hors appel à projets ». Un comité scientifique indépendant a été mis en place, pour encadrer ces travaux très controversés.

« Le financement de l’ANSM est le dernier en date », précise Romain Gherardi. « Au cours des 14 dernières années, nous avons reçu des financements des associations de patients comme l’Association française contre les Myopathies (AFM), l’Association Entraide aux Malades de Myofasciites à Macrophages (E3M) et la Dwoskin Foundation (125 000 euros), de la Région Ile de France (250 000 euros) et de la British Columbia University (50 000 euros). » Soit un total de 425 000 euros venus, une moyenne d’un peu plus de 30 000 euros par an. « Cela peut paraître beaucoup mais c’est en fait très modeste pour une période aussi longue (pour mémoire une année de salaire de chercheur représente 50 000 euros) », ajoute-t-il.

Mais pour Pierre Bégué, c’est le financement public qui pose problème. « Celui-ci détruit la politique sanitaire de prévention par la vaccination ». Or elle est essentielle puisqu’elle protège contre de nombreuses maladies occasionnant une morbidité importante, voire une mortalité significative et en tout état de cause, des séquelles parfois significatives. C’est le cas de la poliomyélite, de la diphtérie, de la rougeole… toutes maladies contre lesquelles nous nous protégeons avec des vaccins comportant des adjuvants aluminiques. Certains patients refusent toute immunisation, compromettant la couverture vaccinale de toute la population. « C’est bien le problème. Comment expliquer aux gens qu’il faut les protéger contre des maladies qu’on ne voit plus ? » conclut Pierre Bégué.

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