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Fumer n’est pas bon pour la santé. Mais fumer lorsqu’on est atteint de diabète de type 1 est encore plus néfaste. Si ces notions sont de mieux en mieux connues, en revanche, on ne disposait pas de chiffres adaptés à la population française, tant sur la prévalence du tabagisme dans cette population que sur la réalité des conséquences sur le diabète (équilibre glycémique et complications diabétiques). C’est chose faite, grâce à une étude menée par la diabétologue Alexia Rouland (CHU de Dijon). Elle a pour cela étudié une vaste cohorte de patients diabétiques de type 1 française, créée en 2020 et rassemblant près de 6 400 patients.
1 personne diabétique de type 1 sur 5 est fumeuse en France. 19,9 % sont d’anciens fumeurs. Ces chiffres augmentent même dans certaines tranches d’âge, avec 29,9 % de fumeurs actifs chez les 25-35 ans et jusqu’à 44 % d’anciens fumeurs chez les plus de 65 ans.
On sait, grâce à plusieurs études, que le fait d’avoir un diabète constitue un facteur de risque de moins bon équilibre du taux de sucre dans le sang (glycémie). « Jusque-là, aucune étude française ne permettait de connaître la relation entre le tabagisme et le DT1 et les études ont pour la plupart été publiées il y a plus de 10 ans », précise Alexia Rouland.
Et en effet, dans cette nouvelle étude, en matière de contrôle glycémique, l’HbA1c (l’hémoglobine glyquée est le reflet de la glycémie sur 3 mois) est plus élevée en cas de tabagisme actif : les fumeurs présentent un taux moyen d’hémoglobine glyquée de 8,2 %, plus élevé que celui des non-fumeurs et même des anciens fumeurs (tous deux à 7,6 %).
Les fumeurs passent également moins de temps dans la cible de glycémie (entre 0,7 et 1,8 g/L), avec une moyenne de 54 % contre 59 % pour les non-fumeurs, et davantage de temps passé en hyperglycémie (au-dessus de 1,8 g/L), soit 40 % contre 35,8 %.
« Les patients fumeurs ont une plus grande variabilité glycémique, ajoute la Dre Rouland. Ils ont également une qualité de vie diminuée selon notre étude. »
Comme en population générale, le tabagisme actif augmente le risque de complications dites macrovasculaires chez les personnes atteintes de diabète de type 1, notamment la maladie coronarienne et les accidents vasculaires cérébraux (AVC).
Mais chez ces personnes, ce risque s’ajoute à ceux propres à la maladie diabétique. Concrètement, chez elles, fumer est associé à davantage de complications, indépendamment des autres facteurs. Ainsi, le risque de rétinopathie diabétique (atteinte des yeux comme la rétinopathie périphérique et l’œdème maculaire) est augmenté d’environ 24 %. Les neuropathies (atteintes des nerfs) sont également plus fréquentes, du même ordre.
De plus, le risque d’interventions sur les artères des jambes, comme les angioplasties, ainsi que celui d’amputation du membre inférieur, peuvent être multipliés jusqu’à 4. Les plaies du pied sont aussi plus fréquentes : un fumeur atteint de diabète de type 1 présente jusqu’à quatre fois plus de risque de subir une amputation ou une intervention vasculaire des membres inférieurs qu’un non-fumeur.
Au vu de toutes ces données, Alexia Rouland insiste sur « l’importance du sevrage tabagique dans cette population de patients particulièrement à risque sur le plan vasculaire ». Pour elle, « des programmes d’accompagnement doivent leur être proposés, afin de limiter la survenue des complications ultérieures ».

Source : Suivi au congrès de la SFD 2026 à Lyon (30 mars - 3 avril 2026) de l’intervention d’Alexia ROULAND « Le tabagisme est associé de façon indépendante à un moins bon équilibre glycémique et à un risque accru de complications au cours du diabète de type 1. Étude à partir de la cohorte SFDT1 » ; Pan A et al, Circulation. 10 nov 2015;132(19):1795-804 ; Cai X et al, Endocrine. nov 2018;62(2):299-306.

Ecrit par : Hélène Joubert - Édité par Emmanuel Ducreuzet