Enceinte… et accro au cannabis

[31 octobre 2014 - 10h04] [mis à jour le 31 octobre 2014 à 10h13]

Fumé avec du tabac, le cannabis impacte le développement du fœtus. Un risque décuplé lors des 3 premiers mois de grossesse, période où les organes vitaux se mettent en place. « Certaines femmes ne parviennent pourtant pas à maîtriser leur consommation avant le second trimestre », prévient le Pr Nicolas Bonnet, pharmacien et directeur du Réseau des Etablissements de Santé pour la Prévention des Addictions (RESPADD). 

« En France, la consommation de joints au cours de la grossesse est un phénomène modérément répandu, mais pas si rare qu’on voudrait le croire », explique le Pr Bonnet. Les milieux précaires sont les plus touchés dans les zones urbaines. Mais certaines femmes – toutes classes sociales confondues – utilisent le cannabis… pour ses vertus myorelaxantes. Lesquelles calment les nausées et apaisent les contractions utérines au point de ne plus percevoir la douleur.

Conséquence, « outre l’accoutumance, le jour où les contractions se déclenchent, la femme est incapable de les sentir », prévient le Dr Bonnet. Elle peut alors difficilement anticiper l’arrivée de l’enfant. Or « une admission retardée à la maternité fait perdre un temps précieux en cas de complication ».

Sortir du tabac ?

D’autres femmes, tabaco-dépendantes, fument du cannabis pour combler le manque de nicotine, lorsqu’une fois enceintes elles décident d’arrêter la cigarette. « Les produits inhalés (nicotine) ont un effet plus long sur l’organisme, les prises sont donc plus espacées. En moyenne, 5 cigarettes non fumées sont ainsi remplacées par 1 joint ».

En fumant moins, la femme pense réduire les risques, alors que la toxicité du joint est décuplée. « Le mélange tabac-cannabis augmente les risques de faible poids à la naissance et du Syndrome de mort subite du nourrisson », précise le Pr Bonnet. Faute d’étude, les risques isolés du cannabis chez la femme enceinte ne sont en revanche pas connus. « Face à cette inconnue, trop peu de médecins généralistes ou de gynécologues-obstétriciens abordent le sujet ». Alors qu’elle doit être la plus précoce possible, la prise en charge survient souvent trop tard. D’autant que beaucoup de femmes, « confrontées à l’image dévalorisante de l’addiction, tardent à avouer leur consommation de cannabis », décrit le Pr Bonnet.

Quelle prise en charge ?

« Le refuge dans un produit psychotrope tel que le cannabis cache pourtant un malaise profond, parfois même une polyconsommation ».  Pour éviter que l’habitude de fumer ne perdure – alors que la future mère sait qu’elle s’apprête à donner la vie – la priorité est d’anticiper cette fragilité particulière (influence de l’entourage, histoire familiale, amoureuse…). Laquelle doit être repérée « par le gynécologue avant que la femme ne tombe enceinte, ou dès le début de la grossesse par l’équipe obstétricale » :

En cas de consommation avérée, la future maman est alors orientée vers une sage-femme ou un médecin addictologue. Lequel guidera la femme enceinte vers la réduction … progressive de sa consommation, « et non sur l’abstinence totale et immédiate ». L’objectif est de l’aider à se concentrer sur son enfant à naître, pour que le besoin de cannabis devienne secondaire.

  • Au cours de la grossesse, des consultations sont mises en place pendant « 2 ou 3 semaines, à raison de 2 rendez-vous hebdomadaires ».
  • Après l’accouchement, un séjour en unité Kangourou est proposé pour permettre à la mère de prendre ses repères avec l’enfant ;

Enfin, « après l’accouchement, les rechutes sont très fréquentes. Même si la consommation de cannabis a pu être freinée ou arrêtée, il faut accompagner les femmes – voire le couple – pendant trois ans après la naissance, pour retravailler sur l’abstinence, relative ou totale », conclut le P Bonnet.

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