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Le ministre de la Santé britannique a évoqué mardi 17 mars devant le Parlement une situation « sans précédent ». Depuis le 13 mars, 20 cas de méningite ont été recensés dans une petite zone du comté du Kent, au sud-est de Londres, selon les chiffres donnés par la BBC mercredi 18 mars dans la soirée. Deux décès sont à déplorer ; de jeux adultes de 18 et 21 ans. « Au Royaume-Uni, les enquêtes ont identifié la fréquentation d’une boîte de nuit à Canterbury entre le 5 et le 7 mars comme un lieu d’exposition possible », note le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) dans un communiqué du 18 mars. L’un des patients est hospitalisé en France et pourrait être en lien avec ce foyer. Les analyses effectuées jusqu’à présent montrent que l’épidémie est causée par des méningocoques du groupe B, les plus fréquents.
Ces cas concernent des infections invasives à méningocoque (IIM), des infections très graves pouvant conduire au décès dans 10 à 12 % des cas et à des séquelles dans 20 à 25 % des cas. Elles sont causées par la bactérie Neisseria meningitidis. Lorsque celle-ci pénètre dans la circulation sanguine, habituellement dans de très rares cas, elle peut provoquer une méningite, une inflammation des membranes entourant le cerveau et la moelle épinière (maux de tête, photophobie, vomissements, raideur de la nuque, fièvre) et une septicémie. Les épidémies de méningite à Neisseria meningitidis surviennent habituellement par petits groupes autour de cas confirmés ou dans des lieux de rassemblement.
Selon l’ECDC le risque pour la population européenne est considéré comme faible. « La probabilité d’exposition et d’infection est négligeable. Pour les personnes exposées à cet événement dans le Kent mais vaccinées contre le méningocoque B, le risque d’infection est faible grâce à la protection vaccinale ; chez les personnes non vaccinées et exposées, le risque d’infection est modéré ». Au-delà de 10 jours après une possible exposition (durée d’incubation de l’infection), il n’y a plus de danger. Et chez les personnes ayant été en contact avec des cas confirmés, une antibiothérapie préventive et une vaccination contre le méningocoque sont recommandées. L’ECDC encourage toutefois les professionnels de santé à penser à la méningite chez les voyageurs de retour d’Angleterre.
La situation dans le Kent apparaît exceptionnelle du fait du nombre élevé de cas graves alors même que les infections à méningocoque ne sont pas très contagieuses. En effet, la bactérie se transmet par contact étroit et prolongé et non par les gouttelettes.
Pour le professeur Andrew Preston, interrogé par la BBC, soit « il y a un taux de transmission important », ce qui signifierait qu’un nombre beaucoup plus élevé de personnes a attrapé la bactérie ou que l’infection est cette fois « beaucoup plus invasive ». Toujours selon la télévision britannique, « des échantillons prélevés sur les patients sont en cours d’analyse en laboratoire. Jusqu’à présent, il semble s’agir d’une souche qui circule depuis cinq ans. Une analyse plus poussée du code génétique bactérien révélera si elle a subi une mutation significative ».
D’autres facteurs peuvent aussi expliquer la pénétration de la bactérie dans le sang. C’est le cas dans la ceinture africaine de la méningite, qui s’étend sur 26 pays d’Afrique sub-saharienne, du Sénégal à l’Ethiopie. « La poussière, les fortes chaleurs et la faible humidité qui caractérisent la saison sèche sont susceptibles d’endommager le fond de la gorge et de faciliter la pénétration des bactéries dans l’organisme », détaille la BBC. La chaîne se demande si le partage de cigarettes électroniques dans la boîte de nuit pourrait être en cause.
L’épidémie pourrait-elle aussi être en lien avec un événement de super-propagation, soit un nombre de personnes infectées plus élevées que la normale ? Le nombre de personnes nécessitant une hospitalisation pour des symptômes d’IIM au même moment suggère qu’elles ont été infectées simultanément. Avec au moins 11 cas liés au Club Chemistry, la boîte de nuit de Canterbury, la directrice de l’Agence britannique de sécurité sanitaire, Susan Hopkins, a déclaré, citée par la BBC : « il semble s’agir d’un événement de super-propagation avec une propagation continue au sein des résidences universitaires ». Les causes d’une telle épidémie restent encore mystérieuses.
L’ECDC assure rester en contact avec les autorités nationales du Royaume-Uni et de l’UE/EEE et maintenir un suivi de la situation grâce à une surveillance ciblée et une surveillance épidémiologique et génomique. Pour rappel, que les jeunes enfants, les adolescents et les jeunes adultes, les nourrissons de moins d’un an sont particulièrement à risque.
Dans l’UE/EEE, environ 2 000 cas sont signalés chaque année en moyenne. Parmi ceux-ci, la maladie est mortelle dans environ 10 % des cas.

Source : ECDC, Santé publique France, BBC

Ecrit par : Dorothée Duchemin – Edité par Emmanuel Ducreuzet