Excision : la chirurgie, une reconstruction physique et psychologique

[12 février 2015 - 15h18] [mis à jour le 12 février 2015 à 15h19]

Mise au point par le Dr Pierre Foldès en 1994, la technique chirurgicale de reconstruction vulvaire après une mutilation sexuelle féminine est aujourd’hui utilisée par plusieurs médecins. Parmi eux, le Dr Sébastien Madzou, originaire du Congo et gynécologue au CHU d’Angers, ne s’attendait pas à ce que cette intervention apporte autant de bénéfices aux patientes.

« C’est en 2005 que j’ai commencé à opérer les femmes excisées pour la première fois, après avoir été formé par le Dr Foldès », raconte le Dr Madzou. « C’était quelque chose que je souhaitais tester. Par curiosité d’abord, mais je ne pensais pas que cela pouvait apporter un bénéfice aussi important aux femmes concernées. »

C’est au Burkina Faso, où il opère et forme régulièrement d’autres chirurgiens à cette méthode que Sébastien Madzou a pris la mesure de l’importance d’une reconstruction clitoridienne pour tant de femmes. « Quand j’y suis retourné, 6 mois après avoir opéré mes premières patientes à Ouagadougou, j’ai eu l’impression d’être un dieu pour elles ! », poursuit-il, ému.

Revivre l’excision ?

D’après ses patientes, cette opération les a « rendu différentes » et leur a permis de « débloquer beaucoup de choses en elles. » Et ce même si « l’intervention chirurgicale réveille souvent les souvenirs traumatiques de l’excision elle-même », précise Sébastien Madzou. Les douleurs post opératoires notamment, « intenses », rappellent de mauvais souvenirs. Malgré cela, « elles sont cette fois actrices et décideuses de leur sort. Elles retrouvent un organe qu’on leur avait enlevé. »

« L’intervention consiste à remettre au jour le clitoris qui a été coupé », rappelle le Dr Madzou. « Généralement, les exciseuses ne coupent qu’une partie, à peu près 2 centimètre, de cet organe qui en mesure 10 à 12. » Ainsi reconstruit, le sexe de la femme retrouve un aspect anatomique « normal ». Les patientes, excisées en moyenne entre 5 à 7 ans, ne recourent à la reconstruction clitoridienne en moyenne qu’à 31 ans.

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