Hépatite B : pénurie de vaccin pendant un an, risque pour les insuffisants rénaux

[17 février 2017 - 15h20] [mis à jour le 17 février 2017 à 15h22]

Depuis plusieurs jours, une pénurie de vaccins contre l’hépatite B chez l’adulte a été signalée. Dues à des tensions dans l’approvisionnement par les laboratoires, cette situation conduit à réserver les doses aux patients qui en ont le plus besoin. Mais qui décide ? La Fédération nationale d’aide aux insuffisants rénaux (FNAIR) a écrit à Marisol Touraine, la ministre en charge de la Santé, afin de demander des recommandations claires pour encadrer leur utilisation. Sans cela, le risque de contamination de patients particulièrement fragiles comme les insuffisants rénaux, plane.

« [Nos] représentants régionaux, ainsi que de nombreux services de néphrologie, [nous ont informés] des difficultés qu’ils rencontrent pour faire face à la rupture d’approvisionnement en vaccins contre l’hépatite B pour adultes », indique la FNAIR dans un courrier adressé au ministère de la Santé.

En effet, « depuis la fin de la commercialisation, en novembre 2016, de GENHEVAC B PASTEUR (Laboratoire Sanofi Pasteur MSD), la distribution [des deux autres vaccins ENGERIX B 20 (Laboratoire Glaxosmithkline) et HBVAXPRO 10 (MSD Vaccins)] à l’hôpital serait contingentée. En ville elle serait purement et simplement interrompue », précise la FNAIR. « Ce contingentement pourrait durer un an, d’après ce que nous a indiqué l’Agence nationale du Médicament et des produits de santé (ANSM) », précise Philippe Auvray, directeur du centre d’hémodialyse des Alpes à Manosque.

Qu’est-ce qu’un contingentement ? C’est la méthode de distribution par priorité de doses de vaccin disponibles en attendant que les laboratoires concernés soient en mesure de fournir les produits en quantité suffisante. Mais pour ce faire, il faut que des instructions précises soient fournies pour déterminer qui en bénéficie et comment ? « La gestion de cette pénurie est mal organisée. Le dispositif mis en place ne va pas permettre de répondre à l’ensemble des besoins des patients », explique Philippe Auvray.

Qui a besoin du vaccin ? D’une part, les patients greffés ainsi que ceux déjà sous dialyse ont besoin d’être revaccinés régulièrement pour que la protection contre le virus reste efficace. « En tant qu’établissement de santé, nous avons encore quelques doses de vaccin mais pas suffisamment pour répondre aux besoins de nos patients », précise Philippe Auvray. Mais surtout, le problème se pose pour les insuffisants rénaux qui vont entrer en dialyse. « Normalement, les médecins du centre rédigent des ordonnances pour qu’ils aillent se faire vacciner en ville. Or le vaccin n’est plus disponible dans les officines. Et nous n’avons pas assez de doses pour éventuellement les dépanner », poursuit-il.

Pour les futurs dialysés, une vaccination en amont est pourtant la meilleure solution. C’est en immunisant le patient avant le traitement, que la protection sera maximale. Une fois le traitement commencé, le système immunitaire du patient est affaibli. De plus, les méthodes de circulation extra corporelle réalisées induisent un risque de projections de sang possible avec un virus très résistant. En effet, d’autres patients sont déjà porteurs de l’hépatite B. D’où la nécessité supplémentaire de vacciner les professionnels de santé.

Dans son courrier, la FNAIR demande à Marisol Touraine « un point précis sur la situation […] pour que nous puissions informer notre réseau associatif ». La FNAIR demande également « une concertation rapide avec les différents acteurs concernés […] pour trouver une solution pratique à cette situation qui met en danger des populations particulièrement fragilisées ». Pour le moment, l’ANSM a seulement indiqué en date du 3 février 2017 que « le Haut Conseil en Santé Publique avait été saisi afin d’élaborer dans les meilleurs délais, des recommandations/priorisations de vaccination dans ce contexte ».

Pour rappel : le vaccin de l’hépatite B est recommandé chez l’adulte à partir de 16 ans aux personnes à risque d’exposition, comme les usagers de drogues par intraveineuse, les séropositifs au VIH ou au VHC, les voyageurs dans les pays ou zones à risque d’exposition au virus…etc.

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