La santé des pompiers en danger

[18 octobre 2019 - 12h02] [mis à jour le 18 octobre 2019 à 12h12]

Les pompiers ont largement manifesté cette semaine pour dénoncer leurs conditions de travail et exiger la reconnaissance de leur profession comme métier à risque. Un avis de l’Anses publié ce vendredi entérine globalement le constat des professionnels du feu.

Effectifs en baisse, agressions, manque de reconnaissance… Les pompiers ont manifesté en nombre dans les rues de Paris mardi après-midi. Leurs conditions de travail sont au cœur de leurs revendications. Coïncidence des agendas ? L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) vient de publier un état des lieux sur la question des risques sanitaires liés aux activités des sapeurs-pompiers.

La lutte contre l’incendie, une mission devenue secondaire

Les sapeurs-pompiers sont « exposés à une multitude de facteurs de risque », constate l’Anses. « Au-delà de ceux liés à l’inhalation de fumées toxiques lors des incendies et de la pénibilité physique du métier, (ils) sont également confrontés à d’autres expositions : les virus, les bactéries, les moisissures, ou encore le bruit, des températures et pressions extrêmes. » Autre aspect non négligeable de la pénibilité au travail pour les professionnels du feu, « des contraintes organisationnelles comme le travail de nuit ou en horaires décalés, des contraintes psychosociales » et une exposition à « des violences ».

Ainsi, alors que leur cœur de métier est censé être la lutte contre les incendies, ces missions ne représentaient en 2017 que 7% de leurs interventions. En tête de leurs activités dans les faits : le secours aux victimes. « Certains pompiers s’engagent pour une activité principalement liée à la lutte contre l’incendie et vivent mal la réalité du métier, où la majorité des interventions correspond à du secours d’urgence aux personnes », note l’Anses. « Ce décalage dans la perception du métier peut conduire à une certaine souffrance au travail. » Pour prévenir ces situations, l’agence préconise entre autres « l’amélioration de l’information lors du recrutement ». Ne serait-ce pas la moindre des choses ?

Concernant les risques liés aux contraintes organisationnelles, l’Anses recommande « l’optimisation des modes d’organisation du travail de nuit, afin d’en minimiser les impacts sur la vie professionnelle et personnelle ».

Protection accrue face au risque chimique

Et si les missions contre les incendies ne sont plus majoritaires, elles souffrent malgré tout d’un manque de suivi et de protection. Ainsi, « les mesures de prévention actuelles concernant le risque chimique sont essentiellement centrées sur la phase active de la lutte contre l’incendie », note l’Anses. « Or le risque d’exposition à des émanations toxiques est toujours présent même lorsque l’incendie est éteint, pendant les phases de surveillance, d’enquête, de déblai et y compris lors du retour en caserne, par la contamination des équipements, du matériel ou des véhicules, par les suies et les eaux d’extinction. » Le cas de l’incendie de Lubrizol à Rouen vient naturellement à l’esprit. « La prise en compte des risques chroniques encourus par les sapeurs-pompiers pendant et après les interventions de lutte contre l’incendie doit ainsi être renforcée », conclut l’Anses. Laquelle souhaite également la mise en place d’une base de données permettant de centraliser les données de surveillance médicale des sapeurs-pompiers professionnels, militaires et volontaires.

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