Les médicaments anti-obésité, un potentiel dans les cancers liés… à l’obésité

26 février 2026

Les agonistes des récepteurs au GLP-1 entraînent une perte de poids, souvent importante, et sont validés chez les personnes en situation d’obésité. Les recherches avec ces médicaments soulèvent un espoir : ne pourraient-ils pas aussi être prescrits comme intervention pharmacologique dans les cancers liés à l’obésité ?

Initialement développées dans le diabète de type 2, trois molécules appartenant à la classe des agonistes des récepteurs du GLP-1 sont disponibles pour la prise en charge de l’obésité : le liraglutide, le sémaglutide et le tirzépatide. Tous imitent l’action du GLP-1, une hormone incrétine qui stimule la sécrétion d’insuline en fonction du taux de glucose, inhibe la libération d’une autre hormone (glucagon), ralentit la vidange de l’estomac et favorise la satiété. Par ces mécanismes, ils améliorent le contrôle glycémique tout en réduisant l’apport calorique, d’où une perte de poids et des bénéfices plus larges pour le métabolisme et la santé cardiovasculaire.

« L’obésité, les problèmes de régulation du métabolisme et les conséquences du cancer ont des mécanismes communs qui justifient le fort intérêt d’explorer les agonistes du GLP-1 comme intervention pharmacologique thérapeutique ou préventive (en plus des traitements habituels), en particulier pour les cancers liés à l’obésité », expliquent les Drs Jingchuan Guo (Département de pratique pharmaceutique du Purdue University College of Pharmacy à West Lafayette, Indiana), et Thomas George, directeur du groupe de thérapeutiques expérimentales (College of Medicine, Gainesville, Floride), dans la revue de la société américaine d’oncologie clinique (ASCO).

Obésité et cancer : le tissu adipeux n’est pas innocent

L’obésité est un facteur de risque majeur pour la survenue, la progression et la mortalité de nombreux types de cancer. On estime que l’excès de poids contribue à près de 10 % de tous les cancers et à au moins 13 types de cancers distincts.

En particulier, « les cancers du sein et de l’endomètre post-ménopausiques sont fortement sensibles aux changements métaboliques et hormonaux associés à l’obésité », précisent les chercheurs. Mais d’autres cancers associés à l’obésité sont concernés : colorectal, de l’œsophage, de la vésicule biliaire, du rein, du foie, le méningiome, le myélome multiple, le cancer de l’ovaire, du pancréas, de l’estomac (partie supérieure) et de la thyroïde.

Comment ? Le tissu adipeux (la graisse) sécrète des hormones et des substances actives qui augmentent les œstrogènes circulants dans le sang, et favorisent une inflammation chronique discrète et persistante. Il s’y associe une élévation durable du taux d’insuline dans le sang (hyperinsulinémie). On constate aussi un dérèglement des messagers chimiques produits par le tissu adipeux (adipokines) comme la leptine et l’adiponectine, qui modulent non seulement l’appétit et le métabolisme mais aussi la prolifération cellulaire. Avec d’autres mécanismes, ce sont « autant d’éléments qui contribuent à créer un microenvironnement tumoral favorable au développement des cellules cancéreuses », décrivent les chercheurs.

Quand la perte de poids agit sur le risque de cancer

Les données démontrant un lien entre la perte de poids et l’amélioration du pronostic du cancer s’accumulent, mais assez hétérogènes. Par exemple, les résultats de la Women’s Health Initiative indiquent qu’une perte de poids par régime peut réduire le risque de cancer de l’endomètre, en particulier chez les femmes présentant une obésité. La Women’s Intervention Nutrition Study a montré qu’une intervention diététique pauvre en graisses, associée à une diminution – même modeste – du poids (environ 2,7 kg), s’accompagnait d’une réduction de 24 % du risque de récidive du cancer du sein. De même, des études sur la chirurgie bariatrique indiquent que les personnes opérées présentent une baisse de 30 % à 50 % de l’incidence des cancers liés à l’obésité.

Un bémol à cet enthousiasme : chez les survivantes d’un cancer, l’amaigrissement peut aussi traduire une fragilité ou une progression des cellules tumorales. Dans une étude de 2023, une diminution importante du poids après le diagnostic de cancer du sein était associée à une augmentation de la mortalité globale, possiblement en lien avec une réduction de la masse musculaire.

Quid des anti-obésité chez les personnes atteintes de cancer ?

Les essais cliniques dédiés aux agonistes du GLP-1 en cas de cancer sont quasi inexistants, ces patients étant exclus des essais. Néanmoins, les données de vraie vie commencent à nous éclairer sur les bénéfices potentiels de ces traitements.

Les Drs Guo et George ont mené une étude sur ce sujet : à partir du système américain de santé Medicare, « notre groupe a évalué l’association entre l’utilisation des agonistes du GLP-1 et la mortalité chez les plus de 65 ans atteints de cancer et de diabète de type 2. Conclusions : ils entraînent des réductions plus importantes de l’hémoglobine A1c (un reflet de la glycémie, ndlr) et du poids, améliorent la fonction des cellules β du pancréas et la fonction cardiaque, et réduisent l’albuminurie (trop d’albumine dans les urines, signalant souvent une atteinte des reins). Ces effets multiples peuvent indirectement diminuer le risque de progression du cancer en atténuant l’hyperinsulinémie et l’inflammation générale, tout en améliorant la survie globale par leurs bénéfices cardiométaboliques. »

De plus, la modification de l’apport calorique peut influencer le microbiote intestinal, élément clé de la santé immunitaire et de la réponse aux immunothérapies. Le métabolisme par le foie de la chimiothérapie pourrait aussi être modifié lors de la reprogrammation métabolique induite par ces agents.

A suivre…

  • Source : Exploring the Potential Role of GLP1-RAs in Treating Obesity-Related Cancers (January 29, 2026) ; Puklin LS, Li F, Cartmel B, et al. Post-diagnosis weight trajectories and mortality among women with breast cancer. NPJ Breast Cancer . 2023;9(1):98 ; Radwan RM, Lu Y, Dai H, et al. GLP-1 RA use and survival among older adults with cancer and type 2 diabetes. JAMA Netw Open . 2025;8(7):e2521887

  • Ecrit par : Hélène Joubert ; Édité par Emmanuel Ducreuzet

Destination Santé
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