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Réalisée dans quatre pays (France, Allemagne, Suède, Irlande), l’étude Ipsos BVA sur « l’impact des usages de l’IA sur la santé mentale des jeunes européens » a analysé les réponses de 3 800 jeunes de 11 à 25 ans, recueillies entre le 9 et le 26 janvier 2026.
Dans notre pays, 86 % des jeunes déclarent utiliser régulièrement des outils d’IA. Cette proportion augmente chez les 17-18 ans (94 %) et les 19-20 ans (93 %).
L’IA sert d’abord pour les études ou le travail (58 % au moins une fois par semaine, 27 % au moins une fois par jour). Parmi les utilisateurs français, 48 % ont pris le pli de recourir à des agents conversationnels pour évoquer des difficultés intimes ou personnelles. Ces usages sont non seulement importants mais aussi fréquents : près d’un tiers l’utilisent au moins une fois par semaine pour parler de leur vie personnelle et demander des conseils (16 % une fois par jour). Une utilisation des outils d’IA qui traverse toutes les classes d’âge dès 11 ans et tous les groupes sociaux.
Dans le détail, 33 % des jeunes utilisateurs déclarent utiliser l’IA pour recevoir des conseils face au stress et aux problèmes avec leurs proches. Par ailleurs, 32 % y ont recours lorsqu’ils se sentent tristes, en colère ou mal mentalement, et 26 % pour gérer des conflits.
L’enquête confirme que les liens humains demeurent centraux : amis et famille restent les premiers interlocuteurs des jeunes pour parler de leurs difficultés. L’IA ne s’y substitue pas, mais s’ajoute comme un relais complémentaire dans leur quotidien.
L’utilisation de l’IA pour des sujets intimes est plus élevée chez les jeunes présentant des signes d’anxiété. Chez ceux ayant un score d’au moins 10 sur l’échelle de gravité du trouble d’anxiété généralisée GAD-7, 68 % utilisent l’IA pour aborder des sujets intimes et personnels. Un contexte préoccupant puisqu’en France, plus d’un jeune sur quatre présente une suspicion de trouble anxieux généralisé.
Les jeunes mettent en avant la disponibilité des agents conversationnels, la facilité à leur parler et l’absence de jugement. D’ailleurs, leur niveau de confiance dans la capacité des agents conversationnels à gérer leurs problèmes personnels, et à garder leurs secrets, est très élevé. Par exemple, 69 % estiment qu’une IA peut donner des conseils fiables. 56 % considèrent qu’elle peut garder secrets les échanges. 51 % pensent qu’elle peut protéger les informations qui lui sont confiées.
Parmi les Français qui les utilisent dans ce but de gestion des problèmes personnels, trois sur cinq les considèrent comme un conseiller de vie ou un confident, et près d’un sur deux (46 %) comme un « psy ». Une opinion encore plus souvent partagée par les personnes dont le score d’anxiété se situe au-delà de 10 : 64 % des jeunes estiment que ces outils peuvent les aider à se sentir mieux. Par ailleurs, 49 % les jugent attachants et 44 % considèrent qu’ils peuvent comprendre les émotions humaines. Plus de 2 sur 5 ayant un GAD-7 supérieur à 10 estiment qu’elle les conseille même mieux que les humains.
Lorsque des jeunes se tournent vers une IA pour parler de stress, de mal-être ou de difficultés personnelles, cela dépasse la simple dimension technologique : cela devient un fait de société. Une commission d’experts travaille actuellement sous la coordination du ministère du numérique et de l’intelligence artificielle sur les risques liés à l’IA générative et sur les vulnérabilités associées aux usages grand public, notamment ceux des agents conversationnels comme ChatGPT, développés par des entreprises telles qu’OpenAI et Google.
Un sujet brûlant, car cette nouvelle enquête de la CNIL révèle que seuls 32 % des jeunes déclarent savoir ce que deviennent les données qu’ils partagent avec ces outils. Et 34 % des jeunes ayant utilisé une IA pour des sujets personnels disent s’être déjà sentis mal à l’aise à la suite d’un conseil reçu.

Source : IA conversationnelle et santé mentale des jeunes : résultats de l’enquête européenne 05 mai 2026 Étude Ipsos BVA pour le Groupe VYV et la CNIL auprès de 3 800 jeunes âgés de 11 à 25 ans : France (1 000), Allemagne (1 000), Suède (1 000), Irlande (800).

Ecrit par : Hélène Joubert ; Édité par Emmanuel Ducreuzet