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« À force de détourner le regard de la santé mentale, nous faisons le lit d’une crise de santé publique sans précédent, en particulier au détriment des jeunes et des femmes », alerte Aranud Robinet président de la Fédération hospitalière de France (FHF). La FHF publie mercredi 15 avril les chiffres de l’enquête menée par Ipsos sur Internet en février 2026 auprès de 2 500 personnes et les données hospitalières récoltées par la FHF.
Les chiffres montrent une crise qui s’amplifie ces dernières années avec une hausse des hospitalisations pour tentative de suicide ; « l’indicateur le plus préoccupant » pour la FHF. En cinq ans, celles-ci ont augmenté de 16,6 % au niveau national, chez les femmes particulièrement. + 25,4 % pour cette tranche de la population contre une augmentation de 2,5 % chez les hommes. Ainsi les femmes représentent 66 % des hospitalisations en lien avec une tentative de suicide. Et chez les femmes, ce sont chez les jeunes femmes que les chiffres atteignent des niveaux particulièrement élevés :
Un Français sur deux présenterait actuellement des signes d’anxiété et près d’1 sur 4 fait l’objet d’une suspicion de trouble anxieux généralisé. Et depuis 2019, les prises en charge hospitalières en psychiatrie ont bondi de 23 % chez les adolescentes de 10 à 14 ans, de 47 % chez les 15-19 ans et de 49 % chez les jeunes femmes de 20 – 24 ans.
L’hôpital public est en première ligne avec 80 % des adultes et 95 % des enfants et adolescents qui y sont suivis. Et alors que la demande de soins en santé mentale ne cesse de croître, les difficultés d’accès aux soins s’amplifient. Celles-ci touchent l’ensemble de la population mais encore une fois, les jeunes sont en première ligne. « 79 % des 18-24 ans confrontés à des problèmes de santé mentale ont rencontré au moins une difficulté d’accès aux soins — contre 62 % en moyenne sur l’ensemble de la population. Parmi eux, 64 % ont subi des délais d’attente excessifs pour accéder à un psychiatre, et 52 % n’ont pas pu obtenir de rendez-vous », détaille la FHF.
Et alors que 42 % des personnes concernées par des problèmes de santé mentale renoncent à consulter par crainte du diagnostic, ils sont 75 % chez les 16 – 24 ans, « révélant l’ampleur du chemin qu’il reste à parcourir en matière de déstigmatisation ».
Aranud Robinet appelle à un sursaut des pouvoirs publics. « Il est urgent que la Grande cause nationale pour la santé mentale, demandée et obtenue en 2026 par la FHF, se traduise par des engagements concrets, durables et financés. Un plan d’urgence pour la santé mentale et la psychiatrie doit être mis en œuvre sans délai. (…) Il est également indispensable de renforcer les réponses dédiées aux jeunes, en développant des unités et des équipes pluridisciplinaires pour les 16-25 ans, en renforçant et multipliant les maisons des adolescents, mais aussi en consolidant les liens entre l’école, les services sociaux et les équipes hospitalières, afin de repérer plus précocement les troubles et d’accompagner les jeunes dès leur apparition. La situation est grave. Ne laissons pas notre jeunesse, en particulier les jeunes filles, sombrer dans une souffrance silencieuse. »
Si vous êtes en détresse et/ou avez des pensées suicidaires, si vous voulez aider une personne en souffrance, vous pouvez contacter le numéro national de prévention du suicide, le 3114. Ce numéro est accessible 24h/24 et 7j/7, gratuitement, en France entière.

Source : Fédération hospitalière de France

Ecrit par : Dorothée Duchemin – Edité par Emmanuel Ducreuzet