Pesticides : les travailleurs de la canne à sucre de la Réunion surexposés

[27 février 2019 - 12h09] [mis à jour le 27 février 2019 à 17h25]

Sur l’île de la Réunion, la culture de la canne à sucre est pratiquée depuis des décennies. Elle est également encore aujourd’hui associée à l’utilisation de nombreux pesticides. A quel point les agriculteurs sont-ils exposés à ces substances ? Santé publique France publie les résultats d’une estimation réalisée pour la période allant de 1960 à 2014. Le constat est alarmant.

L’usage du chlordécone est bien connu en Martinique et en Guadeloupe pour avoir augmenté dramatiquement les cancers dans la population locale, en particulier les agriculteurs. Qu’en est-il sur l’île de la Réunion où la culture de la canne à sucre emploie de nombreux produits phytopharmaceutiques (PPP) auxquels sont exposés les travailleurs agricoles ? Santé publique France publie son programme Matphyto-DOM estimant l’importance de cette exposition pour la période allant de 1960 à 2014.

Cancérogènes, reprotoxiques, perturbateurs endocriniens

Les résultats font froid dans le dos. Au total, « 28 substances actives différentes ont été utilisées sur la canne à sucre dont 19 sont des désherbants comme le glyphosate », indique l’organisme public. « Entre 44% (en 1981) et 88% (en 2010) des travailleurs de la canne à sucre ont été exposés à au moins un pesticide cancérogène ou pouvant avoir un effet sur la fertilité, la grossesse ou l’enfant à naître (reprotoxique) ou induisant une perturbation endocrinienne », précise-t-il. Ce qui correspond à un effectif de 6 300 à 10 000 personnes concernées sur la période étudiée.

Des tonnes de pesticides

« De 1977 à 2014, on estime à 232 tonnes la quantité totale de glyphosate appliquée sur la canne à sucre », note par ailleurs Santé publique France. La quantité ayant augmenté drastiquement au cours des années. Ainsi, « en moyenne, 0,5 tonnes par an étaient déversées à la fin des années 70, puis 3,5 tonnes/an dans les années 80 et 7,5 tonnes/an depuis la fin des années 80 à aujourd’hui ».

Désormais, « 50% des pesticides utilisés sur la canne sont potentiellement cancérogènes, reprotoxiques ou induisant une perturbation endocrinienne ». Et cette exposition concerne à minima 5 900 personnes, parmi lesquelles 25% de femmes.

« L’étude montre un important besoin d’actions de prévention ciblées pour restreindre sinon arrêter ces expositions aux pesticides avant le déclenchement de pathologies chroniques graves », conclut Santé publique France.

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