C’est un combat porté par Médecins du Monde et une cinquantaine d’associations partenaires, de Lille à Toulon, en passant par Rennes, Chalon-sur-Saône, Paris ou Strasbourg. Pour sensibiliser les usagers aux effets des drogues qu’ils consomment, des laboratoires collectent puis analysent les substances.

Dans l’arsenal des outils de la réduction des risques liés à l’usage de drogues, on connaissait l’accès aux seringues propres (depuis 1987 et l’apparition du VIH), le développement des médicaments de substitution pour les consommateurs d’opiacés (à partir de 1994), ou encore, plus récemment, les salles de consommation à moindre risque, plus connues sous le nom de « salles de shoot ». Plus confidentielle, l’analyse de drogues existe pourtant depuis une vingtaine d’années, à travers l’action de Médecins du Monde (MdM) et d’associations partenaires dans toute la France. Aujourd’hui, le réseau tend à se formaliser.

Concrètement, comment le dispositif fonctionne-t-il ? C’est Marie Debrus, référente réduction des risques chez Médecins du Monde, qui répond : « certains acteurs font des collectes dans les lieux de fête, sur le moment. Une petite quantité de produit suffit pour l’analyse, de l’ordre d’une tête d’allumette. Soit le labo a été déplacé sur le lieu de la fête et l’analyse peut être réalisée dans la demi-heure. Soit il n’est pas à disposition immédiate, et le délai est évidemment plus long ». En Île-de-France, région la plus avancée sur le sujet, un laboratoire existe en version mobile, dans un camion.

« On fait un peu notre cuisine »

Le matériel d’analyse est simple et le plus léger possible, afin de faciliter son transport : des tubes de prélèvement pour déposer la drogue, des produits chimiques (acide sulfurique concentré notamment), une hotte d’aspiration, et « un accès à un point d’eau, en cas de projection de produits chimiques ». Ensuite, « on fait un peu notre cuisine, suivant la technique de la chromatographie : le principe de base, c’est de séparer les différentes molécules que l’on trouve dans un produit. Ensuite, on croise les informations qui nous permettent d’identifier les différentes substances ».

Les drogues de synthèse peuvent être analysées en quelques minutes. Et elles sont de plus en plus puissantes : « grâce au système de veille sanitaire de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies, on sait qu’en ce moment, on a des ecstasy très dosés sur le marché. Un ecstasy à 300 mg de MDMA (son principe actif, ndlr), c’est très fort. De manière générale, les produits qui sortent sont de plus en plus potents, c’est-à-dire de plus en plus forts à faible dose ». D’où l’intérêt de faciliter l’analyse des substances, au plus près des usagers : « quand on ne connaît ni le contenu ni la dose, c’est plus difficile de gérer sa prise. Une petite différence, même d’un milligramme, peut faire une grosse différence en termes d’effets sur le corps ».

Changer le cadre légal

Auprès des autorités sanitaires, même si les moyens restent insuffisants, le message de MdM et des associations de terrain commence à passer. L’efficacité de l’analyse de drogues comme outil de réduction des risques est d’ailleurs en cours d’évaluation. L’ONG alerte aussi, et de longue date, sur « l’impact néfaste d’une politique répressive en matière de drogues ». Pour Marie Debrus, « l’approche équilibrée » typique de la France, où on maintient l’interdit tout en voulant développer la réduction des risques, pose problème ». Exemple récent en date, la fermeture d’un lieu de fête après la mort par overdose d’un consommateur*. Pour la militante, « ce n’est pas la solution. Nous aimerions changer le cadre légal et permettre la régulation de certains produits (dépénaliser, ndlr). Pas tous, mais ceux qu’on connaît. On n’aurait pas besoin d’analyse de drogue, parce qu’on connaîtrait le contenu et la dose. Aujourd’hui, on pallie les effets de la répression. On fait comme on peut. »

*Sur décision de la préfecture de police, le club parisien « Dehors Brut » a fait l’objet, début septembre, d’une fermeture administrative d’un mois après le décès d’un jeune de 21 ans, des suites d’une overdose d’ecstasy

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