Transplantation : plusieurs organes, c’est mieux

[17 mai 2013 - 14h15] [mis à jour le 19 décembre 2013 à 14h56]

©Académie nationale de Chirurgie

Les greffes abdominales multi-viscérales sont pratiquées en France depuis moins de dix ans. Elles consistent à transplanter, lors d’une même opération, entre 5 et 7 organes à un patient. En 6 ans, 23 opérations de cette envergure ont été réalisées dans notre pays. Impressionnantes, ces interventions seraient – selon ceux qui les pratiquent – plus simples à réaliser, sur le plan technique. Elles sont surtout de meilleur pronostic que la greffe d’un seul organe. Les explications du Pr Jacques Baulieux, président 2012 de l’Académie nationale de Chirurgie et organisateur de la séance du 15 mai sur le thème des Greffes.

Auparavant, lorsqu’un malade nécessitait une transplantation de l’intestin, « nous greffions uniquement cet organe, mais les résultats étaient médiocres », raconte le Pr Jacques Baulieux. En effet, la survie à 5 ans se situait entre 40% et 50%. « Ensuite, nous nous sommes rendus compte que si nous transplantions simultanément l’intestin et le foie, le risque de rejet était moins élevé », poursuit-il. La survie à 5 ans s’élevait entre 60% et 70%.

Aujourd’hui, depuis environ 5 ou 6 ans, la greffe multi-viscérale offre encore de meilleurs résultats.Cette lourde intervention s’adresse aux nombreux enfants souffrant de malformations intestinales congénitales, mais aussi à des adultes. En particulier certains patients présentant de multiples fistules, souffrant d’une maladie de Crohn, de troubles de la motilité intestinale ou de tumeurs desmoïdes intestinales. Sans oublier les séquelles des blessures par balle.

« En pratique, transplanter plusieurs organes à la fois se révèle plus facile », confie le Pr Baulieux. « Il y a moins de sutures à réaliser et beaucoup moins de complications. Enfin, nous observons moins de rejet des greffons. » Toutefois, « comme il s’agit d’une masse importante à transplanter, l’opération n’est pas anodine », précise-t-il. D’autant qu’elle requière au moins 3 ou 4 chirurgiens et dure entre 10 et 15 heures.

Sept nouveaux organes

Le duodénum, l’estomac, le foie, l’intestin grêle, le pancréas, la rate et une partie du colon. Il y a cinq ans, l’équipe du Pr Baulieux a simultanément transplanté ces 7 organes chez une femme. « Elle est en bonne santé et mène aujourd’hui une vie autonome », indique-t-il. « Il s’agit à ce jour de la patiente européenne présentant le plus grand recul après transplantation multi-viscérale. »

Si l’évolution des techniques chirurgicales a permis de réaliser ces opérations, « les progrès en matière d’immunosuppression ont été déterminants ces dernières années », estime le Pr Baulieux. Mais les greffons restent rares. En effet, « il ne peut naturellement pas y avoir de donneur vivant ».

Ecrit par : Dominique Salomon – Edité par : David Picot

Cet article est aussi disponible en Anglais

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