A 9 ans, un enfant sud-Africain est le premier sur ce continent à être reconnu comme contrôleur du VIH. En d’autres termes, son organisme est capable – après avoir reçu des antirétroviraux précocement pendant plusieurs mois seulement – de maintenir la charge virale au plus bas. Sans traitement. Son cas extrêmement rare, présenté à la conférence scientifique sur le VIH de l’IAS à Paris (23-26 juillet 2017) pourrait ouvrir de nouvelles perspectives de traitement. Tout comme le font déjà les contrôleurs naturels du VIH. Découverte scientifique à l’appui.

Son cas a enthousiasmé la conférence sur le VIH qui se tenait à Paris (23-26 juillet). Un enfant sud-Africain est le tout premier sur ce continent à contrôler le virus après un traitement antirétroviral de 40 jours administré à l’âge de 1 mois. En effet, aujourd’hui âgé de 9 ans, son organisme est capable, sans traitement, de maintenir la charge virale en dessous du seuil de détectabilité. Ce qui fut aussi le cas d’une petite fille dans le Mississipi (aujourd’hui à nouveau sous traitement car testée séropositive au bout d’un an) et d’une autre en France (toujours en rémission depuis 12 ans).

Des spécificités génétiques encore mystérieuses

« Pour le moment, nous ne savons pas grand-chose des mécanismes qui permettent à l’organisme de cet enfant de contrôler seul le VIH », admet le Dr Mark Cotton*, auteur d’une étude sur le traitement précoce de nouveau-nés contaminés en périnatal. En effet, l’enfant contrôleur faisait partie de cet essai dont l’objectif était de comparer le traitement précoce aux recommandations de l’époque. Celles-ci consistaient à observer la charge virale et ne traiter qu’en fonction de son évolution. Le traitement précoce a été depuis adopté pour tous les nouveau-nés.

Le cas de cet enfant contrôleur « extrêmement rare, nous a toutefois déjà permis d’effectuer plusieurs observations », explique le Dr Cotton. « Le fonctionnement de l’organisme des contrôleurs après traitement est distinct de celui des contrôleurs dit « naturels », c’est-à-dire ceux qui n’ont jamais reçu de traitement », précise-t-il. « Leurs spécificités génétiques ne sont notamment pas les mêmes. » Mais si le travail d’observation de cet enfant peut laisser espérer des solutions dans le traitement du virus, « notre travail à venir est encore long et ne constituera que quelques pièces du puzzle », ajoute Mark Cotton.

Un temps de maturation pour l’immunité

Les contrôleurs naturels du VIH eux sont moins rares (3 à 5 sur 1 000 patients séropositifs) et leur étude commence à apporter plusieurs informations importantes sur le mécanisme de ce phénomène. Ainsi, le Dr Asier Saez-Cirion de l’Institut Pasteur a présenté à la conférence les résultats d’une étude sur les lymphocytes T CD8+.

« Depuis une dizaine d’années, nous savons que ces éléments sont chargés de reconnaître les cellules infectées et de les éliminer », explique-t-il. Or dans le contexte de l’infection à VIH, elles sont inefficaces. Pour savoir pourquoi et comment les cellules immunitaires des contrôleurs naturels ont, elles, une activité optimale, les chercheurs ont mené des essais sur des modèles de macaques.

Résultat, « nous avons découvert que la réponse des cellules CD8+ nécessitait un certain temps de maturation », explique le Dr Saez-Cirion. « Elles passent ainsi un certain temps dans les ganglions, comme dans des sortes de centres de formation, pour développer leurs capacités à répondre aux infections. » Or dans le contexte du VIH, « le virus arrive directement dans ces centres et les cellules immunitaires n’ont pas le temps d’être entraînées ».

Quant aux contrôleurs naturels, « nous avons montré pour la première fois qu’au bout de deux ou trois mois après l’infection, leur organisme développait une réponse avec une activité antivirale supérieure qui leur permettait de maintenir leur charge virale indétectable », ajoute-t-il. Reste maintenant à déterminer comment ce mécanisme se met en œuvre, « afin de tenter de le mimer et reproduire chez les autres patients pour contrôler l’infection », conclut Asier Saez-Cirion.

*Tygerberg Children’s Hospital du Cap (Afrique du Sud)

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