VIH/SIDA : sans traitement, une jeune française en rémission depuis… 12 ans

[21 juillet 2015 - 11h35] [mis à jour le 21 juillet 2015 à 11h36]

Etre séropositif au VIH et contrôler l’infection sans prendre de traitement. Certains patients y parviennent naturellement, d’autres après avoir été placés sous antirétroviraux très précocement. Un seul cas d’enfant étant parvenu à cet équilibre est documenté à ce jour. Présenté à l’occasion de la 8e conférence de l’International AIDS Society (IAS) qui se tient du 19 au 22 juillet à Vancouver au Canada par une équipe française, il constitue un argument fort en faveur d’une mise sous traitement de tous les enfants nés de mères séropositives le plus tôt possible après la naissance.

Une jeune femme française âgée de 18 ans est devenue ce mercredi 20 juillet, le symbole d’un grand pas dans la lutte contre le VIH/SIDA. Elle est le premier cas mondial de rémission aussi prolongée chez un enfant.

Née en 1996 d’une mère séropositive, elle est placée sous traitement prophylactique pendant six semaines. Malgré cela, elle est contaminée par le virus. Les médecins mettent alors en route un traitement associant quatre antirétroviraux qui sera poursuivi pendant 6 ans. Sa famille décide alors d’interrompre le protocole et disparaît. Un drame aurait pu se produire, car sans traitement, l’enfant aurait dû déclarer le SIDA et mourir.

Or, revue un an plus tard par son équipe médicale, l’enfant présente une charge virale (presque) indétectable. « Douze ans après, elle présente toujours une charge virale au seuil de détection particulièrement bas, sans avoir jamais repris d’antirétroviraux », se réjouissent les médecins.

Phénomène encore inexpliqué

« Cette enfant ne présente aucun des facteurs génétiques connus pour être associés à un contrôle naturel de l’infection », précise le Dr Asier Sáez-Cirión de l’Unité HIV, inflammation et persistance, de l’Institut Pasteur de Paris et co-auteur de ce travail. « Selon toute vraisemblance, c’est le fait d’avoir reçu très tôt après sa contamination une combinaison d’antirétroviraux qui lui permet d’être en rémission virologique depuis aussi longtemps. »

Ce cas rappelle d’ailleurs celui des patients adultes de l’étude ANRS EP47 VISCONTI. Lesquels, après avoir reçu très précocement un traitement antirétroviral pendant plusieurs années, présentent, 10 ans après, un contrôle virologique et immunologique de leur infection sans avoir repris d’antirétroviraux.

Rémission, pas guérison !

Le doute, s’il persistait encore, n’a plus lieu d’être. La prise précoce d’antirétroviraux est bel et bien recommandée, car elle peut, dans certains cas permettre à l’organisme de se défendre seul face au virus. Pour autant, « cette rémission ne doit pas être assimilée à une guérison », martèle le Pr Jean-François Delfraissy, directeur de l’ANRS. « L’arrêt du traitement antirétroviral n’est donc pas recommandé, chez l’adulte comme chez l’enfant, en dehors d’essais cliniques. » La jeune femme française reste, elle, infectée par le VIH. Mais comme cela fut le cas du nourrisson américain, « il est impossible de prédire l’évolution de son état de santé ».

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